Monique et Léontine : deux femmes Wayiyans racontent leur engagement en faveur de la RPP

À Boussé, pendant que les jeunes installent les chaises, les femmes discutent et lancent les derniers appels téléphoniques. À Ziniaré, une machine à coudre attend parfois que sa propriétaire revienne. Entre une pause-café à préparer, un tissu à mesurer et une réunion à rejoindre, Monique Bagre/Ilboudo et Léontine Nabolé ont pris l’habitude de faire plusieurs choses à la fois.

Léontine Nabole couturière.
Monique Bagre/Ilboudo, coordonnatrice départementale des femmes de Bousse

 

Elles sont restauratrices et couturières. Mères, travailleuses, responsables de famille. Et depuis les premières heures du pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, elles ont choisi de participer aux mobilisations de soutien aux autorités. Dans la région de Oubri, leur engagement s’est construit moins dans les discours que dans l’action : mobiliser, marcher, apporter du thé ou de l’eau, contribuer à une collecte, convaincre les femmes du quartier.

 

Deux femmes, deux leaderships.

Monique mobilise et finance. Léontine se déplace, quitte son atelier et veille au rond-point. Toutes deux ont décidé d’être des anges-gardiennes de la Révolution.

À Boussé, Monique mobilise et finance les activités. Nous la rencontrons à Ziniaré, en marge d’un atelier organisé par l’ARCEP. Monique Bagre/Ilboudo parle avec l’assurance de celles qui ont l’habitude de s’adresser à la foule. Elle est coordinatrice départementale des femmes de Boussé. Veuve et mère de quatre enfants biologiques, elle a à sa charge neuf enfants adoptifs.

Droite dans son kokodonda modèle Miriam Makeba, elle réajuste son vêtement pour entamer l’échange avec nous. Son quotidien suffit à comprendre pourquoi son engagement ne peut être séparé de ses responsabilités. Treize personnes sous sa responsabilité, des activités associatives et une longue liste de responsabilités. Pourtant, lorsque les premières mobilisations en faveur des nouvelles autorités commencent, elle s’engage.

« Je me suis engagée surtout pour préparer un Burkina meilleur, paisible pour les générations futures », dit-elle au cours de l’entretien.

Son engagement commence après la chute du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Elle dit avoir été particulièrement sensible au discours de rupture avec l’impérialisme porté par les nouvelles autorités. À Boussé, elle participe à l’organisation d’une grande mobilisation destinée, selon elle, à expliquer aux populations les raisons de soutenir les autorités. La réussite de cette activité constitue pour elle un motif de satisfaction jusqu’à aujourd’hui. Elle y voit l’un des moments où son travail de mobilisation a produit un effet concret.

À Boussé, certains s’interrogent sur sa présence dans ce mouvement. D’autres la raillent. Une remarque revient encore dans son récit : « Comment une femme de pasteur peut-elle s’engager dans ces histoires ? »

Les critiques ne l’ont pas éloignée de la lutte pour la souveraineté du Faso.

Même si elle ne passe pas ses nuits au rond-point. Elle soutient l’achat de thé, de sucre, le soutien matériel : lorsqu’elle le peut, des veilleurs. Et au nom des raisons sociales, elle insiste pour qu’elles ne restent pas aux ronds-points.

 

« En dehors des réunions, je n’accepte pas que les femmes restent au rond-point. Il faut socialement les protéger aussi », explique-t-elle.

Son engagement a surtout un coût financier. Siméon Ilboudo, coordonnateur de la veille citoyenne du Kourwéogo, dit l’avoir vue à plusieurs reprises mobiliser des femmes pour contribuer à des actions liées à l’effort de paix et aux activités de la veille citoyenne.

 

Il se souvient notamment d’une première collecte qui aurait atteint environ 300 000 francs CFA au profit de l’effort de paix. « C’est une femme que j’ai trouvée très battante à travers ses différentes initiatives », témoigne-t-il, en rappelant qu’elle doit en même temps subvenir aux besoins des enfants dont elle a la charge.

Cependant, elle a des recommandations concernant la consolidation de la RPP c’est notamment la baisse des prix des produits. « Les prix des produits montent. Actuellement, nous qui faisons les pause-café, c’est biffé lors des formations. Ce n’est pas simple pour nous », relève-t-elle, avant d’appeler à davantage de souplesse sur cette question.

 

À Ziniaré, Léontine ferme parfois son atelier

À quelques cinquantaines de kilomètres de Boussé, Léontine Nabolé est aussi une wayiyan qui contribue à sa manière. Dans son atelier de couture, au secteur 1 de Ziniaré, les tissus et les vêtements constituent le décor de la maison. Elle y vend également du jus naturel. À 40 ans, mère de deux enfants, elle mène une vie professionnelle qui ne s’arrête pas lorsque commence une réunion.

Son engagement remonte au jour même où le capitaine Ibrahim Traoré et ses hommes montaient sur Ouagadougou pour libérer le pays. Alors, Léontine et ses amies ont suivi le convoi pour montrer leur adhésion à ce changement.

« Nous l’avons accompagné jusqu’à l’approche de Ouagadougou avant de nous y retourner », raconte-t-elle. Chez elle, le mot « Wayiyan » n’est pas seulement un slogan. Elle lui donne le sens d’un cri d’alerte, pour secourir la Nation. « Si quelqu’un crie “Wayiyan”, c’est quand il y a une urgence et qu’on appelle au secours. Ceux qui sont conscients doivent sortir pour secourir la Nation », argumente-t-elle.

Lorsqu’une rencontre est annoncée, elle abandonne son activité. « Je ferme ma boutique et je pars participer à la rencontre avant de revenir », raconte-t-elle. Sa justification tient en une phrase : « C’est parce qu’il y a la paix qu’on peut faire le commerce. »

 

La nuit, elle rejoint parfois la veille citoyenne au rond-point aux côtés des hommes même si elle ne dure pas.Tout comme Monique, elle apporte ce qu’elle peut : de l’eau, des arachides ou du charbon.

Elle a aussi connu les insultes. Lors d’une mobilisation de femmes pour une marche à Ouagadougou contre la CEDEAO, elle raconte qu’un homme, voyant le groupe réuni à Ziniaré avant le départ, les a pris à partie, les injurier et même les qualifier de « femmes légères ». Il estimait qu’une femme ne devait pas quitter son foyer pour participer à une manifestation de soutien au pouvoir.

 

Deux femmes, un combat : la libération du pays sous la direction du capitaine Ibrahim Traoré.

À celles et ceux qui les critiquent, elles ont répondu par la présence plutôt que par les explications.

Et lorsqu’on leur demande si elles comptent continuer à participer aux mobilisations, leurs parcours donnent déjà une partie de la réponse : elles étaient là lorsque le mouvement a commencé et continuent, chacune à sa manière, à y prendre part.

LC

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
16 ⁄ 8 =