Portrait : Mouni TAPSOBA, l’homme de tout le monde

Commerçant de profession, acteur du numérique par passion, Moumouni TAPSOABA, dit Mouni, est un homme disponible pour les initiatives sociales et communautaires. Influent sur les réseaux sociaux, il met en avant des personnes et des activités de sa région. Ses proches, eux, retiennent surtout sa fidélité.

Portrait !

 

 

Mouni TAPSOBA est en train de faire des prises de vue lors d’un événement social.

Nous sommes le 13 octobre 2026, smartphone à la main, Moumouni TAPSOABA immortalise l’ambiance de la cérémonie de lancement des passeports biométriques, devant le commissariat de Ziniaré. Quelques minutes plus tard, les images circulent sur Facebook et suscitent des réactions. Une scène qui illustre la place qu’il s’est progressivement construite dans les activités locales : celle d’un homme qui observe, partage et fait connaître ce qui se passe autour de lui.

À Ziniaré, le fils de Hamad Gouré se distingue aussi par son apparence. Chapeau borsal ou yorouba sur la tête, tunique soigneusement portée, chaussures ou babouches en cuir italien : son habillement fait partie des signes auxquels on le reconnaît. Mais derrière cette silhouette soignée, le personnage se découvre surtout à travers ses activités, ses engagements et les relations qu’il entretient.

Lors de la JNA, l’association Cité Verre a organisé une plantation d’arbres. Mouni TAPSOBA pendant le creusage des trous.

Commerçant, acteur associatif et passionné de numérique, il évolue à la croisée de plusieurs univers. Pour comprendre ce qui nourrit cette présence, il faut remonter à ses premières expériences dans le commerce.

Du commerce ambulant à l’entreprise familiale

Mouni grandit dans un environnement où le commerce occupe une place importante. Son père, El hadj Hamad Gouré, vendait du cola, tandis que ses mères commercialisaient des galettes et des boules d’akassa. L’entrepreneuriat et le commerce font ainsi partie de son univers dès son enfance.

En 2002, il se lance dans la vente ambulante de téléphones portables. Six ans plus tard, en 2008, il fonde sa première boutique. Au commerce des téléphones s’ajoutent ensuite les vélos et d’autres marchandises. L’activité évolue et prend une dimension plus structurée avec la création de l’entreprise Tapsoba et Frères (ETF).

Il a également été l’un des premiers à se lancer dans l’emballage de cadeaux à Ziniaré, selon les témoignages.

Ces étapes dessinent le parcours d’un commerçant qui explore plusieurs créneaux et diversifie ses activités. Mais le commerce ne constitue pas son seul terrain d’initiative. À partir de Facebook, Mouni trouve un autre moyen d’entretenir ses liens avec son milieu et de soutenir la visibilité des autres.

Facebook, une vitrine pour les initiatives locales

Mouni découvre véritablement Facebook en 2012. Progressivement, il en fait un espace de promotion des commerçants, des entrepreneurs et des initiatives locales. Il accorde notamment une place aux femmes et aux filles de la région de Oubri. Il fait le trait d’union qui lie les ressortissants de la région à leur terroir.

L’héritage guerrier des Tapsoba semble vivre en Moumouni. Il a fait sienne la cause des autres, se donnant sans réserve, sans réclamer quoi que ce soit en retour.

Voilà pourquoi il relaie les activités des autres, avec l’idée que la visibilité offerte pourrait faire connaître une initiative ou mettre en avant un savoir-faire.

L’intérêt économique de cette démarche apparaît dans le témoignage de Kassoum Pabgo. Evoluant dans le BTP, il dit avoir enregistré une hausse de ses ventes après une publication de Mouni.

Autodidacte, Mouni pousse plus loin cette passion en créant sa plateforme d’information « Oubri 24 ». Dans son entourage, certains le surnomment « Facebook naaba », autrement dit le chef de Facebook. Cette appellation traduit la place qu’il s’est forgée sur les réseaux sociaux et l’influence qu’il y exerce.

Son activisme sur les réseaux n’a qu’une constante : mettre sa visibilité au service des activités des autres.

Mouni, une fidélité mise à l’épreuve

Chez Mouni, la proximité ne se résume toutefois pas aux affaires ni aux publications sur Facebook. Pour René SOALLA, son aîné et mentor politique, elle se manifeste aussi dans la durée des relations.

« Mouni TAPSOABA est quelqu’un de très fidèle en amitié », affirme-t-il.

Son témoignage renvoie aux périodes de fortes tensions politiques au cours desquelles, selon lui, certains compagnons avaient quitté leurs anciens amis pour rejoindre d’autres camps, attirés par des promesses ou des intérêts matériels. Mouni, lui, serait resté attaché à ses anciennes amours, à ses convictions.

Moussa Dakoure, compagnon de lutte de Mouni.

« Quand Mouni vous dit qu’il est avec vous, il est véritablement avec vous. C’est un homme sur lequel on peut compter », insiste René SOALLA.

En 2015, alors que le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) traverse une période difficile après la chute de Blaise Compaoré, Mouni se rend à Abidjan avec son ami Moussa DAKOURE pour rendre visite à l’ancien président du Burkina Faso. Les deux hommes entreprennent ce déplacement malgré des moyens limités et l’absence de contacts susceptibles de leur faciliter la démarche. Ils effectuent le voyage en train (le moyen de transport le moins coûteux).

Au-delà de la portée politique de cette visite, cela dénote la conception qu’il a de l’amitié : rester présent lorsque les circonstances deviennent moins favorables.

À son cadet politique, René SOALLA adresse d’ailleurs un conseil qui résume sa perception de l’homme : « Je lui conseillerais de rester tel qu’il est, de demeurer fidèle à ses principes. »

Cette fidélité, présentée comme une constante, pourrait aussi s’expliquer par son engagement religieux.

René Soalla , ancien membre de la section provinciale du CDP Bassitenga loue la fidélité de Mouni.

La foi et le service de la communauté

La spiritualité occupe une place importante dans la vie de ce fils de Ladji, qui accomplit correctement ses cinq prières quotidiennes. De 2008 à 2020, il a été membre du comité de gestion de la mosquée du secteur n° 1 de Ziniaré

Il est membre actif d’une organisation professionnelle de commerçants. Actuellement, il tient les rênes de l’association Groupe Action Cité Verte de l’Oubritenga, une association engagée dans les questions environnementales. Chaque année, célèbre la journée de l’arbre et organise une opération de nettoyage du cimetière de Laongo.

Ces différentes responsabilités le mettent en relation avec des milieux variés : commerçants, fidèles, acteurs associatifs et personnalités de la vie locale.

Son ami et compagnon, Moussa DAKOURE, dit Gomtinga, résume sa perception de Mouni par une formule : « Un monsieur pour tout le monde ».

Il lui loue un respect pour le travail accompli sur les réseaux sociaux en faveur de la visibilité des ressortissants de la région. « On reconnaît que c’est un monsieur de tout le monde, il mérite des hommages », affirme-t-il.

Être présent, mais aussi laisser des traces

« Facebook naaba », « ambassadeur de paix », sont les surnoms que son entourage lui a attribués, ils révèlent une certaine reconnaissance sociale,

Son parcours dessine une trajectoire faite d’une appropriation autodidacte du numérique et d’engagements dans plusieurs espaces de la vie communautaire. Sa singularité tient notamment à cette capacité à circuler entre des univers différents et à entretenir des liens qui dépassent le seul cadre professionnel.

À Ziniaré, être « l’homme de tout le monde » signifie, être disponible, tisser des liens en dépit des convictions politiques ou religieuses.

Pour Mouni, le défi est peut-être là : faire en sorte que les images partagées, les relations entretenues et les engagements assumés laissent, au-delà des publications et des surnoms, des traces tangibles dans la vie de sa communauté.

Aboubacar Zoungrana et Alassane Ouedraogo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
50 ⁄ 25 =