Ziniaré : vingt ans après, des élèves reviennent dire merci à leur maître

Dans la cour modeste mais animée de Ziniaré, quartier Zagbega, les sourires ont ce matin-là la saveur du temps retrouvé. Il est un peu plus de neuf heures, ce 31 mai 2026, lorsque d’anciens élèves franchissent le portail de la maison de Boureima Michel Bikienga. Vingt ans après avoir quitté les bancs de l’école primaire bilingue de Zakin, dans la commune de Zitenga, ils reviennent là où tout a commencé : chez celui qu’ils appellent encore, avec respect et tendresse, « monsieur ».

Les retrouvailles ont des airs de fête familiale. Des accolades franches, des regards qui brillent, des rires qui éclatent sans prévenir. Les souvenirs affluent, pêle-mêle. « Mariam fuyait l’école à tout temps, monsieur a grouillé sinon Mariam ne voulait pas l’école ! », lance Madi Ouédraogo, déclenchant une salve de rires complices. Le maître sourit, amusé, presque surpris de voir que ces petites histoires, autrefois anodines, ont traversé les années intactes.

Les anciens élèves de la promotion 2005–2006 ne sont pas venus les mains vides. Pagnes traditionnels soigneusement pliés, tableaux de reconnaissance, tee-shirts, enveloppes symboliques… mais le cadeau qui bouleverse le plus la famille Bikienga reste cette chanson composée spécialement pour leur instituteur. Une musique simple, sincère, chargée de gratitude. « Vous allez me faire pleurer », murmure une jeune fille de la famille, la voix nouée par l’émotion.

Paul Ouédraogo, porte-parole de la promotion, résume l’esprit de la démarche : « Nous sommes venus dire merci. Monsieur Bikienga n’était pas seulement un enseignant, il était un père. Avec lui, on a aimé l’école. Il nous a pris comme ses propres enfants et nous a montré le chemin. » Derrière ses mots, se lit la reconnaissance pour les sacrifices consentis à une époque où convaincre les enfants du village d’aimer l’école relevait souvent du combat quotidien.

Face à ses anciens élèves, Boureima Michel Bikienga peine à contenir son émotion. Les mots lui manquent, les silences parlent pour lui. Sur le moment, il décroche son téléphone et appelle, en visioconférence WhatsApp, son directeur d’antan pour partager cette surprise. « Aujourd’hui, c’est un grand jour pour moi. C’est un sentiment de satisfaction totale. L’arbre que j’ai planté il y a vingt ans commence à donner des fruits », confie-t-il, la voix chargée de fierté.

Pour graver cette journée dans la mémoire collective, l’instituteur offre un repas copieux à « ses enfants », comme il aime encore les appeler. Il les bénit, les encourage à persévérer dans leurs parcours professionnels et à rester fidèles aux valeurs apprises autrefois sous l’ombre de l’école de Zakin.

La matinée s’achève dans une ambiance chaleureuse, presque intemporelle. Avant de se séparer, les anciens élèves promettent de poursuivre cette dynamique de reconnaissance par d’autres actions. À Ziniaré, ce jour-là, une certitude s’impose : l’école ne se limite pas aux murs d’une classe. Elle vit aussi dans ces liens indéfectibles, tissés par un maître et ses élèves, que ni le temps ni la distance ne parviennent à effacer.

Alassane OUEDRAOGO

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