Militantisme politique des chefs coutumiers:« Dans la politique, souvent le civisme et l’éducation manquent à certains niveaux.» Naba Sanem, chef de Ziniaré.

Chef décomplexé et très engagé sur de nombreux fronts, Il fait parler de lui depuis son accession au trône en 2021. Lui c’est sa majesté Naba Sanem, chef du canton de Ziniaré dans l’Oubritenga. Naba Sanem est connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche, il est quelqu’un qui brise les tabous. À son intronisation, il a placé son règne sous le signe d’un retour aux sources ancestrales. Une équipe de Yirimedia.com l’a rencontré le 26 juillet 2022 à son palais sis au secteur 02 de Ziniaré. Et dans cet entretien exclusif, nous avions abordé avec lui, du rôle des chefs coutumiers dans la gouvernance moderne, de leur militantisme dans les partis politiques, il a également fait ses propositions de solution au problème sécuritaire.

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Yirimedia :(YM) Majesté, qu’est-ce que la chefferie coutumière ou traditionnelle rend comme services à la communauté de façon quotidienne ? 

Naba Sanem(NS) : Ce que nous faisons quotidiennement pour aider la communauté, c’est ce à quoi nous avons été investis. Nous avons été investis, pour nous occuper de la population, régler les conflits, et aussi voir le cas des évènements heureux et malheureux. Nous accompagnons aussi l’administration dans ce qu’ils sont en train de faire. Voilà de façon ramassée, le rôle que nous jouons sans oublier notre rôle capital qui est de veiller à ce que les coutumes soient appliquées. Et quand il y’a un problème nous pouvons intercéder auprès de nos ancêtres pour qu’ils implorent le Dieu tout puissant pour que nous ayons de l’aide. Nous sommes le père de l’orphelin, le mari de la veuve, nous aidons aussi à ce qu’il y ait l’intégration de ceux qui sont venus d’ailleurs.

YM : Beaucoup de burkinabé font plus confiance aujourd’hui aux institutions traditionnelles qu’au pouvoir moderne en place. Mais dans la réalité des faits, comment la collaboration se fait entre le pouvoir moderne et celui coutumier ? D’un point de vu gouvernance quelle est la place qu’on vous accorde ?

NS : Par rapport au rôle que l’administration donne à la chefferie, c’est une question un peu complexe. Je pense que dans le temps, quand un conflit nait dans une localité, on commence d’abord par le chef du village. S’il n’a pas trouvé de solutions peut transférer au commandant du cercle qui s’il n’a pas pu peut transférer à la justice.  Mais c’est rare qu’un problème arrive chez un chef et qu’il n’arrive pas à le résoudre. Parce que si nous n’arrivons pas à le résoudre, on passe le problème au Baloum Naba à Ouagadougou, qui trouvera la solution sinon ça ira jusqu’au Mogho Naba. C’est quand on a épuisé toutes nos voies de recours que nous pouvons transférer le problème jusqu’à ce niveau. Tu as parlé de ce que nous faisons pour que la population croit à ce que nous faisons, ça c’est tout fait naturel. Quand les gens sont en train de se faire une bagarre sur un terrain, il faut savoir qu’il y a d’abord un lien de parenté entre eux, que nous, autorités coutumières, nous connaissons mais le policier ou l’autorité judiciaire ne connait pas. Donc déjà voilà une faveur de pouvoir résoudre le problème d’une bonne manière par rapport à l’autorité judiciaire. Même si on donne raison à celui qui n’a pas raison, les gens sont obligés d’accepter c’est comme ça c’est la coutume. Par exemple, toi si j’apprends que tu as fait la bagarre avec ta femme et tu dis il n’y a pas de solution. Si je te convoque ici tu vas accepter la femme parce que Naaba Sanem a dit laisser tomber la bagarre. Tu laisses tomber pour me donner le respect que tu me dois. Les problèmes sont réglés de sorte à ce qu’il n’y est pas de rancune par la suite. Quand on règle un problème on s’arrange pour qu’il n’y a pas de conséquences après. Et une fois qu’on finit de traiter un problème, c’est fini, on sort l’eau de la paix, vous buvez et tu ne peux plus revenir sur le problème. Quand on négocie et on n’y arrive pas on passe à des méthodes plus sévères pour trouver la solution.

YM : Présentement, on parle de la crise sécuritaire, nous avons des mécanismes endogènes comme vous le dites. Comment vous, autorités morales, vous pouvez mettre en branle ces mécanismes endogènes au profit de la cohésion sociale, de la paix ?

NS : Il faut dire que c’est un problème très sérieux. Nous avons tous suivi avec grand regret ces temps-ci, des sorties sur les réseaux sociaux qui n’arrangent pas très bien la situation que vit notre pays.Mais à Ziniaré ici, nous travaillons à prévenir ces choses. Lors de notre nabasga (NDLR :fête traditionnelle) , nous avons organisé un festival où on a invité toutes les ethnies vivantes au plateau central. Peut-être que personne ne comprenait ce que j’étais en train de faire. Quand par exemple, on a retrouvé les ressortissants de Kaya, ils sont venus ici faire la culture kayalaise (les brochettes, les sacs), c’est ça l’intégration. Les gens de Boulsa sont venus, les samos sont venus préparer du dolo, et on a sympathisé. Je profite de ton micro pour dire qu’ils me doivent les deux chiens qui n’ont pas été payés parce qu’ils m’ont flatté. Ceux du Sud-Ouest sont venus nous voir après le Nabasga pour qu’on soit le parrain de leur activité. C’est ça une technique d’anticipation. Tout étranger qui arrive à Ziniaré, je me fais le devoir d’être la personne qui l’accueille de la bonne des manières, ça facilite l’intégration. Quand le chef d’une localité t’accueille avec respect, quand toi aussi tu vas t’asseoir tu vas t’asseoir avec respect. Quand les PDI arrivent ici et que nous avons connaissance, nous dépêchons des gens qui vont vers eux. Nous travaillons avec leur responsable que nous avions beaucoup sensibilisé. Il part souvent voir quels genres de personnes sont arrivées, quand c’est suspect, on les conseille de prévenir la gendarmerie ou la police. Voici une façon aussi de les avoir à l’œil, filtrer aussi ce qui arrivent chez nous. On ne doit pas ici rêver dire que ça se passe ailleurs.

YM : Avec le travail que vous (coutumiers et traditionnels) abattez, tout le monde reconnait le poids de la chefferie, leur légitimité dites-nous de façon très franche, est ce que vous êtes satisfaits du traitement qui vous est accordé en tant que personnes morales représentant des entités ?

NABA SANEM remettant des présents pendant une cérémonie organisée par la mairie de Ziniaré.© Yirimedia

NS : Non. Je vais être clair, je ne suis pas satisfait mais je n’en veux pas aux autorités. Elles sont venues trouver, et moi aussi je suis venu trouver. Je pense que nous sommes en train d’engager des échanges. Vous aviez vu que lors du Nabasga (fête traditionnelle du chef), on a convié les directeurs régionaux du Plateau Central ici au palais. On s’est assis, on leur a montré ce que nous avons l’ambition de faire. Si vous prenez par exemple la santé, on a accompagné le coronavirus, vous tous avez été témoin, ça été une réussite. Nous sommes en train de leur dire chaque fois qu’ils ont besoin de sensibiliser la collaboration, elle est réelle. Ils ont compris, et nous travaillons en synergie. Quand vous prenez l’éducation, vous nous voyez sur tous les fronts c’est parce qu’on a demandé et on a été entendu, on nous a associé. Quand nous avions reçu le système judiciaire, on leur a dit qu’on souhaite qu’on nous permette de tenter chaque fois la réconciliation à l’amiable. Parce que souvent quand la loi dit que tu n’as pas raison, il y a la conséquence : soit il y a l’amende, soit on te prive de ta liberté. Chez nous, on permet à la personne de se repentir, on lui donne les conseils, on lui donne des réprimandes morales mais c’est toujours réparable. Mais une fois que ça part au niveau de la loi, on découvre qu’il est coupable il n’y a plus de solutions, on est obligé d’appliquer la peine correspondante à l’infraction. Quand vous parlez de traitement, quand vous êtes dans les cérémonies, rien qu’à écouter même le protocole, il y a des protocoles ou on ne nous cite pas en tant que autorités alors que notre présence est remarquée. Ce n’est pas moi en tant que personne là que je veux qu’on regarde ici mais c’est l’image de la chefferie coutumière. On a parlé du terrorisme, en dehors de ce qui se fait en très haut là-bas, sur le niveau local est ce qu’il y a eu des rencontres là où on dit les chefs coutumiers, venez-vous asseoir, organisez-vous pour que nous essayons de voir ? Qui vous dit que nous ne pouvons pas participer à cette lutte ? 

YM : Beaucoup appellent à l’institutionnalisation de la chefferie coutumière au regard du rôle qu’elle incarne dans cette société moderne, est ce que vous êtes de cet avis ?

NS : C’est une très bonne initiative même si nous reconnaissons que c’est la manière, comment le faire qui pose problème. Je vais illustrer cela avec l’exemple d’un voisin. Quand vous partez, par exemple au Ghana, le chef traditionnel quand il y a les lotissements c’est gérer par le chef traditionnel, il perçoit même des impôts. Il a même la possibilité de contracter des prêts pour le développement de sa localité. Regardez la force qu’on donne à ces chefs coutumiers. Je parlais tout de suite du protocole, je pense que là-bas, le chef coutumier est la dernière personne à arriver dans une cérémonie. Si je vous prends prempeh là-bas, c’est la représentation du Moro Naba à Koumassi, quand il y a une cérémonie le président de la république arrive après ce garant de la tradition. C’est comme cela jusqu’au niveau local. Ce n’est pas quelqu’un qui m’a dit, je suis allé à Koumassi et j’ai vu. Je sais que c’est difficile de faire ça ici, mais on pouvait organiser la chefferie, lui donner sa valeur.

YM : Il y a certains bonnets rouges qui sont tentés par la politique partisane (être dans des partis politiques), et cette question a toujours divisé parce que les gens se disent que vous regroupez toutes les entités, quelle est votre lecture là-dessus ?

NS : Chacun a raison. Ceux qui disent aux chefs coutumiers, vous ne devrez pas faire de la politique, ce sont les vrais partisans des chefs. Parce que dans la politique souvent le civisme et l’éducation manquent à certains niveaux. C’est de ce fait que beaucoup pensent que les chefs coutumiers ne devraient pas faire de la politique. À partir du moment que vous faites la politique, votre impartialité, on ne peut plus l’apercevoir. Mais à mon niveau, je pense que même dans le temps la chefferie a été dans la politique. Quand vous prenez avant l’arrivée du colon, et même juste après notre indépendance, sans la chefferie coutumière on allait être ou aujourd’hui ? Il y a l’histoire de la chefferie coutumière dans la politique, il y a longtemps. Mais je suis d’accord qu’on essaie de les sensibiliser sur la manière. Moi personnellement je ne fais pas de la politique Mais quand il y a des politiciens qui viennent chez moi et que je leur donne peut-être des conseils ou des directives, c’est une autre façon de faire de la politique sinon je ne devrai même pas les recevoir.

NABA SANEM reçoit régulièrement les différentes associations des jeunes pour leurs prodiguer des conseils.© Yirimedia

YM : On constate ces dernières années que les gens sont en train de brader les terres, et sur cette question foncière l’administration semble avoir ouvertement échoué. Ici chez Naba Sanem, quel est le mot d’ordre pour que toutes les terres ne soient pas vendues ?

NS : Lors de notre intronisation, le Mogho Naba nous a fait ce cri de cœur pour que nous trouvions des solutions à ce problème. Tout en commençant par nous-même de nous démarquer de ces pratiques. Même en étant prince héritier, j’avais déjà commencé cette lutte. Et quand je suis arrivé au trône, j’ai fait le tour des villages sous mon autorité pour faire des sensibilisations. Actuellement nous sommes en train de voir coutumièrement ce qui peut être fait pour interdire ces ventes. On est train de voir les nioniossés, ce sont eux les patrons de la terre. C’est devenu un phénomène, on en a assez parlé, il faut passer rapidement à une vitesse supérieure.  Actuellement, il ne pleut pas et même s’il pleuvait on allait cultiver où ? Si l’administration veut aujourd’hui faire un investissement d’intérêt commun et demande par exemple dix hectares, à Ziniaré ici il n’y en a plus. Dans la semaine par exemple nous avons plus de dix jugements à faire ici, et sur dix jugements, les six sont sur les questions de terre. Nous, ça nous préoccupe, ça nous empêche même de travailler. Le problème de la terre est aussi dangereux que les problèmes communautaires et la stigmatisation dont-on en parlait. Et si on n’y prend garde ça peut s’éclater d’un moment à l’autre.

YM : Quel est votre mot de fin ?

NS : J’invite les Burkinabé à s’attraper main dans la main parce que nous devons dépasser tous les problèmes pour voir en face ce qui nous arrive. Même quand les gens disent qu’on avait divisé le Burkina Faso en 1932, ce n’est pas comparable. Car on connait qui avait divisé le pays, nos ancêtres se sont levés pour aller les voir, mais le terrorisme on va vers qui ? À mon avis il y’a des gens qui sont en train de s’amuser avec le problème. Les terroristes sont à combien de kilomètres de Kaya aujourd’hui et Kaya est à combien de kilomètres de Ziniaré ? Quand on prend la carte et on encercle les zones occupées par les terroristes, le reste là ça doit réveiller les consciences. On doit rentrer dans une prière sincère, je ne parle pas du spectacle, je ne parle pas des prières spectaculaires pour avoir des points. Je profite lancer un appel à la jeunesse d’être dans l’élan de prévention, il faut toujours prévenir. La jeunesse, il faut que nous-nous organisions en système de comité de défense de la patrie. On se fait former deux semaines, comme les CDR sous la révolution. On apprend à se camoufler, à sauver des gens. À supposé qu’il y a une école qui est attaquée, quelles sont les consignes sécuritaires que nous jeunes, nous avons ? Il va falloir que nous anticipions les choses, chacun au plus haut niveau de sa responsabilité, dans sa conscience. Cela me tient vraiment au cœur, et j’invite les populations de l’Oubritenga de s’investir dans la prière, dans la vraie prière.

                                                                                                         Le citoyen et Jacob OUEDRAOGO

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