Chronique proposée par imam Séni NANA
Déjà il y’a quelques jours faisait l’entrée de Ramadan. Les craintes et les joies se lisaient sur les visages des fidèles musulmans. On s’interrogeait sur la chaleur, sur les dépenses, sur l’effort dans l’adoration, etc. Nous voilà déjà à la sortie de Ramadan, les deux tiers déjà écoulé, ne laissant avec nous qu’une dizaine de jour. Nous entrons dans les dix derniers jours de ramadan, il faut procéder à des révisions, de rechange des pièces usées, de monter en puissance pour atteindre la vitesse de croisière dans cette dernière sprint.
C’est à la fois une joie de pouvoir profiter de ce moment intense et particulier, où chaque acte de dévotion pèse lourd, et une tristesse, celle de voir ramadan prendre fin.
Ces dix derniers jours du mois de ramadan ont un caractère particulier, liée à une pratique prophétique, la retraite spirituelle (i’tikaf). Comme le rapporte un hadith authentique : « Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) accomplissait l’i’tikaf pendant la dernière décade du mois de ramadan jusqu’à sa mort. Après sa mort ses femmes ont continué à la faire. » (Boukhari).
C’est également la décade des prières nocturnes parce que recherchant la meilleure nuit, la nuit d’al qadr.
La retraite spirituelle vise à s’offrir pleinement à la méditation et à l’adoration. C’est un moment d’introspection et de bilan, réfléchir sur soit même, penser de sa propre situation et prendre des résolutions de s’investir pour plus de spiritualité et de bonheur partagé. L’i’tikaf permet au croyant de s’arracher aux vicissitudes d’ici-bas pour tourner son âme vers Dieu. A cette occasion, il multiplie la récitation et la lecture du Coran et travaille à consolider sa foi.
C’est aussi l’occasion pour le croyant de s’adonner à la méditation, à l’évocation et à l’invocation de Allah.
La dernière décade, c’est aussi la recherche de la nuit du destin, un bonus et non des moindres dans notre adoration. Que nous soyons en retraite dans nos mosquées, que nous soyons en prière nocturne (quiyawmou layl), il nous faut fournir des efforts, faire ce qu’il faut pour obtenir cette nuit qui vaut mille mois d’adoration.
Avoir la nuit d’al qadr, c’est avoir la récompense de plus de mille mois d’adoration (83 ans). Je vous invite donc à vous organiser pour recherche cette nuit.
Il ne faudra pas perdre de vue que nous avons plus grand et la recherche de la nuit du destin vise cela. En effet, cette nuit qui voit la valeur de l’adoration se multiplier de façon exponentielle est une création, une créature de Allah. Ce n’est donc pas la nuit du destin qui est l’objectif mais plutôt Celui-là même qui est le Créateur de cette nuit et Il t’invite chaque jour, chaque heure et chaque seconde à vivre avec Lui. Que nous soyons donc en retraite ou non, Dieu nous tend cette perche qu’il faut savoir saisir. Il faut peser de tout son poids pour atteindre l’ihsan dans votre relation avec votre Créateur, « l’ihsan (l’excellence) c’est que tu L’adores comme si tu Le vois car si tu ne Le vois pas Lui te voit… ». C’est ça aussi ramadan, atteindre la piété.
Tout doit nous amener à cela, sentir la présence de Dieu dans tout ce que nous faisons, faire ce que Dieu agrée, regarder ce qu’Il agrée, aller vers ce qu’Il agrée, écouter ce qu’Il autorise, vivre continuellement dans ce qui plait à Dieu. Et Dieu nous parle : « … Mon serviteur ne s’approche pas de Moi par une chose plus aimable à Moi que ce que Je lui ai imposé, et Mon serviteur ne cesse de s’approcher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Or, lorsque Je l’aime, que suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il attrape, son pied par lequel il marche. S’il Me demande quelque chose, Je lui donne certainement, et s’il cherche refuge auprès de Moi, Je le lui accorde » (Bukhari). Que Dieu nous accorde le meilleur de Ramadan.
