Ziniaré : à 27 ans, Karim réussit dans l’élevage de poulets

À Nakamtenga, village de la commune de Ziniaré, Karim Sawadogo, 27 ans, s’est imposé dans l’élevage de volailles grâce à la rigueur et à la persévérance. De débuts difficiles à une activité aujourd’hui rentable, reportage d’un jeune qui a fait de l’auto-emploi une réalité.

Reportage !

KARIM au milieu de son poulailler, impectant minutieusement ces sujets.

Il est un peu plus de 9 heures lorsque nous coupons le moteur sous l’ombre épaisse d’un grand caïlcédrat, en bordure de la RN3, à la sortie nord-est de Ziniaré. La poussière flotte encore dans l’air chaud de ce mercredi 7 janvier 2026. Au loin, un tumulte continu se fait entendre. Ce n’est pas le trafic, mais des vendeuses qui interpellent les voyageurs.

Huit minutes d’attente. Puis Karim Sawadogo apparaît, silhouette harmonieuse, sourire franc, démarche rapide. Petit salamalec, poignée de main ferme. « Suivez-moi », lance-t-il.

La piste poussiéreuse avale nos pas. Quelques minutes plus tard, la ferme Oubri Élevage se dresse devant nous : ici, à Nakamtenga, un jeune de 27 ans a bâti sa réussite plume après plume.

À proximité du grand hall, l’odeur du son de blé mêlé au maïs concassé saisit les narines. Le bâtiment, sobre et fonctionnel, en briques habillées de secco, est bien ventilé. À l’intérieur, la lumière filtre par de larges ouvertures. Des mangeoires rouges et blanches ponctuent l’espace, régulièrement disposées. Le sol est couvert de copeaux propres. Les volailles, blanches et dodues, se déplacent en masse, produisant un chœur de piaillements, donnant l’impression que le bâtiment respire. Tout est organisé, rien n’est laissé au hasard.

Karim circule avec assurance. Il connaît chaque geste, chaque rythme. Pas de précipitation inutile : le travail est méthodique. « L’élevage, c’est la rigueur », glisse-t-il en ajustant une mangeoire.

Les abreuvoirs sont vérifiés un à un. Un poulet s’échappe, Karim le remet doucement dans le groupe. Les mains sont sûres, habituées. Le maillot des Étalons colle déjà à sa peau. La chaleur est lourde dans le poulailler.

Il verse l’aliment avec précision. Le bruit change aussitôt. Les poulets accourent, se pressent. Karim se redresse, les mains croisées sur son maillot, et raconte : « Je suis né dedans. Mes parents faisaient déjà l’élevage. Très tôt, j’ai aimé ça. Dès la classe de première, je me suis dit qu’après le bac, je me lance. Mais la réalité m’a rattrapé. L’élevage de poulets demande beaucoup de moyens. J’ai donc commencé par les moutons pour réunir un peu d’argent. »

« C’était vraiment la misère. Manque de méthodes, peu de moyens, mauvaise maîtrise des sujets j’ai perdu beaucoup, mais j’ai appris. »

Les débuts sont rudes. Il confesse : « C’était vraiment la misère. Manque de méthodes, peu de moyens, mauvaise maîtrise des sujets… j’ai perdu beaucoup, mais j’ai appris. »

Aujourd’hui, la situation est reluisante. Il avoue : « Si c’est bien géré, l’élevage de poulets, c’est du jackpot. Sur 1 000 sujets, tu peux avoir 600 000 à 700 000 francs CFA. Avec les autres fermes que je gère, on dépasse les millions par mois. »

Mais il tempère aussitôt : se lancer aveuglément, même avec des moyens, mène souvent à l’abandon. Il faut se former.

Soumaïla Kafando, ingénieur d’élevage, nous accompagne. Il observe, hoche la tête.

« Franchement, la croissance des sujets est bonne. L’aliment est bien servi », relève-t-il.

 

Soumaïla Kafando, ingénieur d’élevage, accompagne avec enthousiasme Karim.

Mais il lui rappelle que rien n’est jamais acquis : « Je te suggère de renforcer encore la biosécurité, l’accès au poulailler et la circulation à l’intérieur. »

Pour lui, la réussite repose sur un triptyque : formation, rigueur sanitaire et présence permanente.

Karim acquiesce : « Les maladies de volailles n’ont pas de pitié. Une maladie peut décimer un poulailler en quelques heures. Il faut toujours être présent. »

Un peu en retrait, Boussi Tiendrebeogo observe, cahier de 100 pages à la main. Son regard suit chaque geste de son maître. Elle est stagiaire, envoyée ici avec sa collègue Rasmata par la direction régionale de la Jeunesse de Oubri. Elle déclare :« Nous avons un profond respect pour Karim. Il partage tout, il ne cache rien. Avant, je pensais que l’élevage n’était pas pour les jeunes femmes. Après le stage, je compte me lancer aussi. »

Boussi Tiendrebeogo, stagiaire dans la ferme de Karim, observe et note tous les gestes de Karim.

Karim, lui, il voit plus loin. Il a déjà un projet bien ficelé :« Je prépare l’élevage du poulet local. J’ai déjà clôturé un demi-hectare. On a tendance à l’abandonner, mais c’est très prometteur. »

À Nakamtenga, Karim Sawadogo prouve que l’auto-emploi n’est pas un slogan, mais une construction patiente. Son histoire rappelle à la jeunesse que la dignité passe aussi par des mains poussiéreuses, des horaires contraignants et des choix assumés. Karim Sawadogo n’a pas attendu que l’avenir vienne à lui. Il l’a élevé, jour après jour, dans le bruit des volailles.

Pour la jeunesse de Ziniaré, le message est clair : même là où l’on ne regarde pas, il existe des chemins solides

Le Citoyen

Un commentaire sur « Ziniaré : à 27 ans, Karim réussit dans l’élevage de poulets »

  1. Félicitation et beaucoup de courage à Mr Karim. Je demande également si c’est possible de venir faire un stage chez lui. J’ai fait Agronomie au centre universitaire de Ziniaré mais je suis actuellement en 1ère année d’ingéniorat à l’université Daniel Ouezin Coulibaly.

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