Menacées derrière leurs écrans : quand le harcèlement en ligne cible les jeunes femmes à Ouagadougou et à Ziniaré

Messages insistants, menaces à peine voilées, insultes et chantage. Sur les réseaux sociaux, des personnes vivent de plus en plus le harcèlement. 

De Ouagadougou à Ziniaré, Yirimedia a rencontré quatre victimes, des jeunes femmes. Elles sont entre peur, stratégies de survie et quête de justice dans un espace encore peu protecteur.

Sur Facebook, Carine, journaliste à Filinfo TV, a appris à se méfier. « Pourquoi acceptes-tu mon invitation et tu ne réponds pas ? », lui lancent certains inconnus. D’autres commentent ses publications pour la dénigrer, ou glissent des messages qu’elle qualifie d’intimidants.

Progressivement, le ton change et devient menaçant. « Je demande ton numéro, Est-ce qu’on peut se voir ? Si tu ne réponds pas, on te fait savoir qu’on connaît là où tu habites. », témoigne-t-elle.

Pour la journaliste, cette situation leur arrive parce qu’elles sont des filles. « Ils se permettent ça parce qu’on est des filles. Ils pensent qu’on est sans défense. », martèle-t-elle.

Depuis, elle n’accepte plus d’invitations d’inconnus sur Facebook. Le premier réflexe reste le blocage. Mais, dit-elle, « il y a des cas où il faut aller plus loin », elle cite la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BLCC) comme un recours possible. »

Carine Zongo, journaliste reporter à Filinfo TV

Pour Alaïla Ilboudo, artiste slameuse, l’épisode reste gravé. En 2019, après avoir publié une photo sur les réseaux sociaux, un inconnu s’en empare de son contact téléphonique qu’elle n’avait pas masqué.

Ainsi commence son cyberharcèlement avec des appels à ne point finir. Lorsqu’elle bloque son interlocuteur, il change de numéro pour poursuivre les mêmes œuvres.

Des appels téléphoniques, il passe à l’envoi de vidéos pornographiques, des messages intempestifs, suivis de menaces.

« Il disait qu’il allait demander à ses amis de m’agresser. J’étais paniquée », confie-t-elle. La peur s’intensifie quand l’homme lui donne les références exactes de son lieu de résidence.

Mlle Ilboudo recourt à la police. Mais l’affaire s’enlise. Le numéro de l’agresseur est injoignable à l’appel. Mais il continue à lui envoyer des messages.

Peu à peu, elle découvre qu’elle fait face à un réseau. Deux complices dont une fille qu’elle connaissait, transmettaient des éléments de sa vie privée. « Il utilisait ça pour me faire du chantage. Il avait tout pour me faire craquer. »

Même son parcours artistique n’a pas été épargné. Lors d’une compétition en slam, quelqu’un l’a dénigrée publiquement sur la page officielle, demandant sa disqualification. « Ça m’a beaucoup fait mal. J’y allais au nom de la région de Oubri. »

  • Carine Zongo, journaliste reporter à Filinfo TV

Aujourd’hui, Alaïla appelle à parler, à ne pas rester seule. « Il faut se confier à des proches ou dénoncer. Et surtout éviter de réagir à chaud sur les réseaux. C’est aussi une question d’image. »

Pour Fatimata Dieni, animatrice radio, le harcèlement en ligne est presque quotidien. « Tous les jours, surtout sur Messenger. », dit-elle. À chaque publication, les mêmes messages reviennent : demandes de numéro, questions intrusives, propositions de rencontre. « Quand quelqu’un insiste, alors qu’il ne te connaît pas, ce n’est plus anodin. C’est une forme de violence », tranche-t-elle.

À l’antenne, la situation devient encore plus délicate. Pendant ses émissions diffusées en direct sur les réseaux sociaux, des messages de drague apparaissent publiquement. « Des mots qui mettent mal à l’aise. On est obligés de supprimer rapidement pour que personne ne voie. »

Sa stratégie repose sur la prudence. « Rester soi-même, faire attention à ce qu’on partage, à qui on parle. Et garder le sang-froid. »

Une année de messages, sans réponse

Lolita Kiedrebeogo, sage-femme de formation, se souvient d’un harcèlement long et usant. Tout commence par un simple commentaire sous sa photo de profil : « belle fille ». Elle ignore le commentaire. Mais l’inconnu insiste, jour après jour, pendant près d’un an.

Les messages deviennent familiers, déplacés. Puis les insultes. Ensuite, les appels. « Il a récupéré mon numéro sur Facebook. À l’époque, je ne savais pas comment le cacher. Je me sentais en insécurité totale. », explique-t-elle.

Lolita Sidonie Kiedrebeogo, sage femme de formation

À chaque blocage, l’homme revenait avec un nouveau compte. « C’était comme une addiction. Ça me stressait, c’était très malsain. »

Lolita décrit aussi une réalité plus large. Messages sur le physique, photos et vidéos pornographiques envoyées sans consentement, appels vidéo imposés.

Les conséquences sont parfois invisibles, mais profondes. « Il y en a qui peuvent te déstabiliser. » Elle se souvient d’un message qui l’a particulièrement marquée, après des compliments silencieusement ignorés.

Il s’agissait d’une attaque directe sur son physique. « Aujourd’hui, avec la pression sur le physique et les standards de beauté, ça peut vraiment toucher le mental. » Mais sa réponse reste la même : le silence et le blocage.

Différentes victimes, même récit. Terrain commun : Facebook, Messenger, WhatsApp. Même schéma : un contact sollicité, l’insistance, puis la menace ou l’insulte.

Les victimes improvisent leurs propres stratégies, entre autocensure, paramétrage des comptes et soutien familial. Le recours aux autorités compétentes reste rare, souvent perçu comme complexe.

Une violence qui pousse au silence

Derrière les écrans, le harcèlement en ligne grignote la tranquillité, la confiance, parfois les carrières. Il oblige certaines à se retirer, à limiter leur présence numérique, à se taire pour se protéger.

Et pendant que les victimes apprennent à se taire pour survivre en ligne, une question demeure : à quand la fin de cette VBG ?

www.yirimedia.com

Notice: Ce reportage est réalisé dans le cadre du projet ” Des ondes pour l’égalité” porté par la radio Venegré avec le soutien du Fonds canadien d’initiatives locales

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