Grossesses précoces chez les adolescentes : quand l’école choisit de protéger plutôt que condamner

À Ziniaré et dans plusieurs localités de la province de Bassitenga, elles sont encore trop nombreuses, ces adolescentes dont la vie bascule brutalement à la suite d’une grossesse inattendue. Dans les couloirs des établissements scolaires, le sourire s’éteint, les chuchotements commencent, les regards changent. Derrière chaque ventre qui s’arrondit, il y a une histoire, souvent douloureuse, parfois silencieuse… toujours lourde de conséquences.

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Rachidatou Mandé, élève en classe de Terminale D au Lycée Municipal Naaba Oubri, âgée de 17 ans se souvient encore du bouleversement vécu par une camarade qui est tombée enceinte : « Ça l’a isolée. Elle ne parlait plus, évitait tout le monde. Le regard des autres, les moqueries… tout ça te casse. Beaucoup finissent par abandonner l’école », confie-t-elle.

Ce phénomène, discret mais bien réel, ravage des parcours scolaires et laisse des cicatrices profondes sur ces filles. Et parfois, la pression devient insupportable.

 

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Bibata Sinaré, présidente de l’association Yiikri, qui accompagne les filles-mères, n’hésite pas à alerter :« On ne souhaite pas voir sa fille enceinte avant la majorité. Mais quand cela arrive, il faut la soutenir, pas la rejeter. Trop de jeunes filles sont abandonnées à elles-mêmes. Certaines, sous la pression, vont jusqu’à mettre fin à leurs vies. Et là c’est déplorable »

Bibata Sinare présidente de l’association Yiikri, une structure œuvrant à la promotion des femmes et jeunes filles.

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Entre influences, précarité et illusions dangereuses

À l’origine de ces grossesses précoces, les causes s’entremêlent. Influence des paires, quête d’acceptation sociale, pauvreté, illusions d’une vie “meilleure”.

Rachidatou Mandé nous parle de sa camarade :« Ma camarade-là voulait ressembler à une autre vue comme une “star” parce qu’elle vivait dans un certain luxe. En voulant suivre ce mode de vie, elle s’est retrouvée dans des plans douteux… et la grossesse est arrivée. » Pour elle, les adolescentes tombent dans ces situations parce qu’elles veulent exister, paraître, appartenir à un groupe. Mais le prix à payer est souvent trop lourd.

Face à ces réalités, les établissements de Bassitenga refusent de juger. Ils choisissent plutôt de protéger.

PH4 : Dr Ousséni Compaoré, gynécologue obstétricien.

Salifou Ouédraogo, conseiller d’éducation principal au Lycée départemental de Ourgou-Manéga, explique : « Quand une adolescente tombe enceinte, nos échanges avec elle se font dans un cadre discret, rassurant, loin des regards. Nous travaillons avec la direction pour lui accorder des autorisations d’absence pour les visites prénatales, une dispense à l’EPS, et surtout un accompagnement humain. »

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« Nous organisons des séances de sensibilisation simples, respectueuses, pour expliquer le corps, la puberté, les risques et les responsabilités. Nous parlons sans choquer, mais sans cacher la réalité. », a-t-il ajouté.

PH3: Salifou Ouedraogo, celui qui sait écouter et accompagner les adolescentes.

Le gynécologue-obstétricien Dr Ousséni Compaoré rappelle l’ampleur des risques :

« Chez l’adolescente, la grossesse expose à des complications telles que la prééclampsie, l’anémie, les infections, les hémorragies et les accouchements prématurés. Sur le plan mental, l’isolement social et la dépression sont fréquents. Le plus grave, c’est le risque élevé de mortalité maternelle, surtout avant 15 ans. »

PH4

Protéger, soutenir… et croire encore en l’avenir

Pour Bibata Sinaré, une grossesse précoce ne doit pas être une condamnation à vie : « La grossesse n’est pas une maladie. Une adolescente peut poursuivre ses études, réussir et bâtir son avenir. Ce dont elle a besoin, ce n’est pas de condamnation, mais de soutien. »

Ph1: Salimata Yougbaré, dans une posture de service une cliente.

En réalité…

Les grossesses précoces ne sont pas seulement une affaire des jeunes filles.

Elles interrogent la responsabilité des familles, des établissements scolaires, des communautés, des autorités, et même des pairs.

L’avenir de nombreuses adolescentes dépend encore trop souvent de la capacité de la société à tendre la main… ou à tourner le dos.

Alassane OUEDRAOGO

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