« LE PROBLÈME N’EST PAS DANS L’ÉTOFFE, MAIS DANS LE REGARD »

Article produit dans le cadre du projet « Des ondes pour l’égalité », porté par la radio Venegré avec l’appui du Fonds Canadien d’Initiatives Locales.

On dit que « qui s’accuse s’excuse ». Cette maxime s’applique à ceux qui, encore aujourd’hui, s’évertuent à justifier les violences basées sur le genre. Parmi elles, l’une des plus banalisées reste le viol. Au lieu de regarder le criminel, certains préfèrent scruter la tenue de la victime, comme si le tissu avait plus de responsabilité que l’agresseur.

 

Dans nos sociétés, on entend encore que les mini-jupes, les pagnes ajustés ou les bayas bruyants « provoquent » l’homme. Comme si un être humain était une machine commandée par un morceau d’étoffe. On exige de la femme une prudence plus grande que la violence du criminel. C’est une absurdité tragique.

 

Le renversement moral. 

Cette logique installe un renversement dangereux : la survivante devient accusée, et l’agresseur un homme « provoqué ». On dépose les clés du crime dans les poches de celle qui n’a rien demandé. Pourtant, aucun vêtement n’a jamais violé personne. Ceux qui blâment les habits fuient la responsabilité et construisent des excuses commodes pour éviter de nommer le vrai problème.

 

Les faits brisent les prétextes. 

L’histoire nous rappelle qu’en Afrique, pendant des siècles, les femmes marchaient parfois les seins nus sans que cela n’entraîne des vagues de viols. Les sociétés de l’époque savaient distinguer un corps d’une invitation. L’éducation du regard précédait l’éducation du désir.

Un autre fait majeur : la majorité des viols ne survient pas dans la rue, mais dans les concessions, les espaces privés, là où les femmes sont censées être en sécurité. Et dans ces lieux, elles sont vêtues simplement, parfois en tenue domestique. Que reste-t-il alors de l’argument du « vêtement provocateur » ? Rien. Il s’effondre face à la réalité.

 

Le problème n’est pas dans l’étoffe, mais dans le regard. 

Ce qui « provoque », ce n’est pas la jupe. C’est l’imaginaire malade qui sexualise tout. C’est une éducation qui enseigne au garçon qu’il peut prendre, et à la fille qu’elle doit se couvrir. Le viol n’est pas une erreur ni une faiblesse : c’est un crime, un acte brutal qui efface la dignité et laisse des cicatrices invisibles mais définitives.

La loi burkinabè, elle, est claire : le viol est sévèrement puni, parce que le corps d’une personne n’est jamais un terrain de conquête.

 

Les prétextes protègent le violeur. 

La vérité est simple : justifier le viol, c’est se ranger du côté de la barbarie. Dire « elle a provoqué », c’est effacer la douleur. Dire « il n’a pas pu se contrôler », c’est blanchir un criminel. Blâmer le tissu, c’est protéger le violeur.

 

La bataille culturelle. 

Si nous voulons un Burkina Faso où les femmes marchent libres et sans crainte, une bataille culturelle s’impose. Il faut déchirer un à un les rideaux du mensonge. Il faut apprendre aux garçons que la force n’est pas l’agression, que la virilité n’est pas la domination. Il faut exiger que la société regarde enfin du bon côté : vers l’auteur, jamais vers la victime.

 

Le viol n’a ni excuse, ni circonstance atténuante, ni « déclencheur vestimentaire ». Le viol n’a qu’une seule cause : le violeur.

Tant que cette vérité ne sera pas solidement ancrée, nous continuerons de fabriquer des coupables imaginaires… et de laisser agir des criminels bien réels.

Ensemble, disons non au viol. Mettons fin aux VBG.

Le Citoyen

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