Violences basées sur le genre dans l’Oubri : « l’application des lois et l’autonomisation financière des femmes peuvent faire reculer le fléau »

Dans le cadre du projet « Les ondes pour l’égalité », porté par Radio Venegré avec l’appui financier du Fonds canadien pour les initiatives locales, Yirimedia a rencontré Jeanne Kaboré, coordonnatrice départementale de la femme de Ziniaré.
L’entretien s’est tenu au siège de la Maison de la femme de Ziniaré. Elle y analyse les causes, les formes et les conséquences des violences basées sur le genre (VBG), tout en proposant des pistes concrètes pour y faire face
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Yirimedia : Comment définissez-vous, de manière simple, la notion de violences basées sur le genre (VBG) ?

Jeanne Kaboré : La violence fondée sur le genre désigne tout acte préjudiciable exercé sur une personne ou sur un groupe en raison de son sexe. On pense souvent que seules les femmes en sont victimes, mais en réalité, les violences basées sur le genre peuvent toucher aussi les hommes, même si les femmes restent les plus exposées.

 

Yirimedia : Dans notre milieu, les statistiques sur les VBG semblent majoritairement concerner les femmes. Qu’est-ce qui les rend plus vulnérables ?

JK : Cette situation s’explique en grande partie par des facteurs culturels et sociaux. La femme est souvent perçue comme physiquement faible, ce qui pousse certains à commettre des actes injustes à son encontre, parfois sans crainte. Pourtant, juridiquement, les hommes et femmes ont les mêmes droits. La Constitution du Burkina Faso affirme clairement l’égalité entre tous.
Historiquement, l’éducation et les traditions n’accordaient pas la parole à la femme. Elle se taisait même lorsqu’elle avait raison, et quelqu’un parlait à sa place. Heureusement, les choses évoluent : aujourd’hui, les femmes prennent la parole et revendiquent leurs droits, même si les pesanteurs culturelles restent fortes.

 

Yirimedia : Quelles sont les formes de violence les plus fréquentes dans la région ?

JK : Les violences physiques sont les plus courantes. À cela s’ajoutent les violences économiques. Ces dernières années, on observe aussi une recrudescence des violences sexuelles, notamment sur les sites des personnes déplacées internes (PDI). Des cas de viol sont régulièrement signalés. Grâce aux comités de veille mis en place avec certaines structures, les situations sont remontées, et les victimes orientées vers les services compétents.

 

Yirimedia : Quelles conséquences ces violences ont-elles sur les victimes et sur les communautés ?

JK : Les conséquences sont graves et multiples. Sur le plan individuel, les violences peuvent entraîner des traumatismes psychologiques profonds, des dépressions, voire la mort. La victime peut continuer à vivre, mais sans épanouissement ni bien-être.
Au niveau communautaire, ces violences fragilisent la cohésion sociale et freinent le développement.

 

Yirimedia : Quelles approches ont montré leur efficacité dans la prévention et la lutte contre les VBG ?

JK : Pour lutter efficacement contre les VBG, il faut agir à la base. Les formations ont permis aux populations de mieux comprendre ce que sont les VBG et de connaître leurs droits. Les sensibilisations menées par les associations et les services de l’État ont également produit des résultats encourageants. Une population informée est mieux armée pour prévenir et dénoncer les violences.

 

Yirimedia : Quelles mesures prioritaires l’État et les collectivités devraient-ils renforcer pour mieux protéger les femmes et les filles ?

JK : L’application effective des lois est essentielle. Lorsque les textes existent mais ne sont pas assez appliqués, l’impunité persiste, il faut réprimer. En même temps il faut poursuivre les actions de sensibilisation, d’éducation et d’information sur les droits des femmes.
L’autonomisation financière est également un levier majeur : une femme économiquement indépendante est moins exposée aux violences. De plus, il faut travailler à rendre la justice plus accessible aux femmes et filles

 

Yirimedia : Existe-t-il des expériences réussies ailleurs dont la région pourrait s’inspirer ?

JK : Oui. Dans la région du Centre, l’ONG CRIGED a mené des actions importantes en mettant en place le Réseau pour la promotion et la défense des droits des femmes au Burkina Faso.
Ce réseau regroupe plusieurs acteurs. Par exemple, un enseignant qui constate qu’une élève subit une violence peut immédiatement alerter le réseau afin qu’une prise en charge rapide soit assurée. C’est une approche efficace que nous pourrions adapter ici.

 

Yirimedia : Quel message souhaitez-vous adresser pour conclure ?

JK : Je remercie Yirimedia pour cette démarche et j’invite tout le monde à se lever contre ce fléau. Les violences basées sur le genre ne font pas avancer notre pays. Pour construire le Burkina Faso, nous avons besoin de tous : femmes et hommes, unis et solidaires

Propos recueillis par Le Citoyen

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