Portrait : Hamado Wendpagnangdé Simporé, le parcours d’un homme de fer

Il est le porte-voix d’une jeunesse engagée et consciente de son rôle dans la construction d’une Afrique libre et prospère. Nous vous proposons le portrait, de Wendpagnangdé Simporé, l’ancien premier vice-président de la délégation spéciale du Plateau Central. Président du conseil d’administration du RéZAS. Un homme de conviction forgé dans l’épreuve, et animé par les causes justes.

Portrait !

Son nom trône en lettres d’or dans les annales de l’histoire du monde associatif du Plateau Central. D’une fougue débordante, cet altermondialiste est connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche. Pour ceux qui se disent que le destin leur est défavorable, sa biographie constitue une vraie leçon de vie. « Dieu n’est pas pressé », traduction de son nom Wendpagnangdé en français, sonne comme une prémonition.

 

De l’ombre des rues à la tribune des grands : le parcours d’un homme de fer

L’expression « homme de fer », désigne une personne dotée d’une grande force de caractère. Mais lui, il est plus que du fer, il est tout simplement du roc façonné par l’épreuve. Né à Bouaké (Cote d’Ivoire), le jeune diaspo, nourrit un désir ardent de venir sur la terre de ses ancêtres, le Burkina Faso. A l’en croire cette envie était suscitée surtout par les récits captivants que son géniteur narrait sur le pays. « Quand il parlait du Burkina Faso, c’était passionnant, ça te donnait envie de venir. Bien qu’il n’ait pas été à l’école, il nous parlait des hauts faits de nos hommes politiques comme Maurice Yameogo, Ouezzin Coulibaly », rappelle-t-il avec assez passion. En 1995 le fils de Sambologo foule pour la première fois le sol burkinabè. Ironie du sort, la vie ne lui fera pas de cadeau. Son eldorado dont il rêvait ne sera pas une réalité.

Photo 1: Participation au forum des jeunes sur l’économie sociale à Yamoussoukro en 2024

Face à notre micro, son regard se dérobe soudain et se jette sur le plafond comme s’il cherchait à y lire un fragment de mémoire enfoui dans son âme. Le silence s’installe. Puis d’une voix empreinte de froideur, il débute : « Je suis une personne qui a connu une enfance très difficile. Oui très difficile ». Toute séparation est douloureuse, et Wendpagnangdé n’a pas fait l’exception, lui qui se détache un beau jour de ses parents pour aller à près de 1000 Km. Là où il n’avait pas de connaissances. Il n’avait bouclé que dix petits janviers, dix ans, si vous voulez.

Il grandit entre Zitenga, Voaga, Absouya et Ziniaré dans des familles ou la rigueur éducative laisse peu la place à l’affection. D’un visage de migraine, il confesse :« J’ai vécu dans des familles ou la rigueur de l’éducation faisait en sorte qu’à un moment donné tu te demandais si tu étais aimé en tant qu’être humain ». Et l’enfant de Danaogo (commune de Absouya) déchante face au destin. Séparés en 1995, c’est finalement en 2006, que lui et ses géniteurs se reverront. Il se dit lui-même victime de chagrins d’affection « J’ai eu ce manque d’affections des parents pendant toutes ces années d’absence », déplore-t-il.

Et l’école ? face aux dures réalités de la vie, il abdique dès la 6e. Notre PCA a au sens propre comme au sens figuré connu la rue. Presque à contrecœur, il lâche :« …à la limite à certains moments, on est passé par la rue. » Dans un certain euphémisme Irissa Ouédraogo, camarade associatif de Wendpagnangdé témoigne : « je ne l’ai pas connu avec un grand soutien familial. Il semblait se débrouiller seul ».

Autrefois incompris, il aujourd’hui coordonne des projets pour plusieurs structures comme l’ONG LVIA. Il est actuellement même en poste au Sénégal pour le compte la coopération pour le développement des pays Emergents. Son nom disait déjà tout : Wendpagnangdé (Dieu n’est pas pressé), une révélation silencieuse. La sagesse du nom rejoint parfaitement la pensée du poète Clément Marot « Tout vient à point à qui sait attendre.

 

« De toutes les situations que j’ai rencontrées dans ma vie ce qui m’a sauvé, c’est la lecture »

Il se relève toujours là ou d’autres auraient pu rester. A toutes les fois, se tire d’affaire. Son arme : la lecture. De ses explications, la lecture a été un outil puissant dans la transformation de sa vie. Bien qu’il ait quitté l’école très tôt, notre anticonformiste s’est forgé, à coup de lectures une stature d’intellectuel accompli. Son entourage reconnait en lui le talent d’un grand orateur, et c’est toujours la lecture. Grace à la lecture, il s’est bâti une culture générale irréprochable rendant ses prises de paroles captivantes. Gaëtan Nassa est l’un de ses collaborateurs au RéZAS, ils se connaissent depuis 2003. Pour lui, en termes d’éloquence, Simporé fait rougir même les spécialistes en science de langage. « Quand il s’exprime, on a l’impression d’avoir un docteur devant soi. », affirme -il. Même des jeunes ayant fait de longues carrières universitaires le prennent pour mentor. Cela dans plusieurs domaines comme la gestion des organisations, la prise de parole, les techniques de négoce. Et même que souvent certains ne parviennent pas à suivre son rythme. « Il a un don que tout le monde n’a pas. Quelque chose que tu montres à Simporé aujourd’hui il ne revient plus là-dessus. Cela fait que pour collaborer avec lui c’est difficile, quand il te montre quelque et demain tu lui demande encore, il a tendance à vouloir s’énerver », nous confie Gaëtan Nassa. Aujourd’hui coordonnateur de projets, un poste qui exige au minimum le niveau licence, il a atteint ce niveau grâce une auto éducation rigoureuse. C’est ce qui a poussé l’institut d’appui aux formations et au développement basé en France à lui accorder la VAE (Validation des Acquis de l’expérience), l’équivalent d’un diplôme de niveau supérieur. Pour cet autodidacte, la lecture est également un véritable refuge thérapeutique, qui a contribué à son équilibre émotionnel.

 

« De toutes les situations que j’ai rencontrées dans ma vie ce qui m’a sauvé c’est la lecture. Je me suis toujours refugié dans la lecture », révèle-t-il. Les livres de Sembene Ousmane, les documents sur Thomas Sankara, le grand livre des religions, les œuvres de Mariam Ba, la bible, ce sont quelques exemples de documents lus par notre dévoreur des pages.

 

Du foulard scout à l’engament associatif

« Volontaire un jour, volontaire pour toujours », cette devise du scoutisme semble taillée sur mesure pour Wendpagnangdé. Puisque c’est dans ce mouvement qu’il a forgé les bases de son engagement au service des autres. Son engagement dans le scoutisme nait dans les années 1995 en Côte d’Ivoire. Loin d’être une simple activité de week-end, ce mouvement devient une véritable école de vie pour lui. Patiemment mais passionnément il gravit tous les échelons de cette école : de Louveteau à routier. Il fonde en 2009, la toute première troupe scoute de la province de l’Oubritenga formant plus 200 jeunes à l’art du vivre-ensemble, au leadership et à l’engagement en faveur du développement. Chef Simporé comme l’appelaient ses protégés scouts, était un guide au sens profond du terme.

Chiara Catai, une volontaire italienne en mission à l’ONG LVIA, a été l’un de ses soutiens dans l’implantation du scoutisme à Ziniaré. Elle aide chef Simporé à structurer et dynamiser le mouvement à travers la province. Monsieur SAMA, figure emblématique du scoutisme burkinabè, se souvient de sa première rencontre avec Simporé lors d’un camp en 2008 :« j’avais été invité à son camp pour former les jeunes scouts, j’y ai découvert un chef profondément engagé pour l’épanouissement des jeunes, animé par un don de soi qui force l’admiration. » confit-il.

C’est à cette époque que naissent ses premières amours pour l’engagement associatif. Le contact avec le terrain, le réflexe de servir les autres lui facilitent le passage à ce nouveau monde. C’est le scoutisme, signale -t-il, qui m’a donné toutes les armes nécessaires pour affronter le monde des associations classiques. Dans cette nouvelle sphère, il est apprécié pour sa détermination et sa capacité à mobiliser. Sur ce sujet, Irissa ne manque pas d’éloges : « Il a un management inspirant, par exemple il arrive à mobiliser autour de lui. »

Ces principes cardinaux du militantisme associatif le suivent jusqu’à présent. Il est aujourd’hui à la tête du Réseau Zoodo Action et Solidarité, une plateforme forte de plus de 80 associations.

Mais bien avant, il s’est illustré dans d’autres organisations comme la coordination des associations et mouvements de jeunesse de l’Oubritenga et l’association Action+.

 

Ses valeurs et ses combats

Difficile de résumer un leader pareil en quelques mots. Ceux qui le frottent reconnaissent en lui la constance, un moral inébranlable, la rigueur dans l’action et sa grande ouverture d’esprit.

Pour notre Che Guevara (puisqu’à ce dernier qu’il s’identifie), certains de ses déboires s’expliquent par son refus des compromissions. Puisque là où règne l’injustice, il ne courbe jamais l’échine. Ce rôle d’interpellation citoyenne, il endosse depuis longtemps au point qu’il semble lui coller à la peau. Dans un contexte fortement politisé comme celui de Ziniaré, cette posture directe n’a pas été sans conséquences. Des tensions, il en a connu notamment lorsqu’il dirigeait la CAMOJO. A cette époque, il avait osé écrire une lettre au maire pour dénoncer la mauvaise qualité d’un bâtiment construit au profit des associations. Un édifice, que les associations avaient jugé non-conforme.

« C’était une période délicate, se souvient encore Irissa Ouédraogo. Il fallait être engagé et très dur de caractère pour affronter l’autorité. Et Simporé a pu le faire. » Son intransigeance, il l’emploie pour lui-même mais pour la communauté, ajoute-t-il : « On ne pourrait pas, peut être le faire à sa place. Mais lui, il le peut parce qu’il est engagé et vraiment têtu comme je le dis. Souvent on croise les bras, et on le regarde faire parce qu’on sait qu’il ne craint pas ».

Avec une carrure à la Paul Kagame, il se montre en sportif multidisciplinaire :il pratique le cyclisme et est aussi initiateur d’un club de marche à Ziniaré. Son parcours l’a mis en contact avec diverses confessions, c’est pourquoi il se définit comme ‘’un homme partagé entre toutes les religions’’. Et il en tire une vision apaisée et inclusive du monde. Wendpagnangdé, l’homme des valeurs, est une perle précieuse pour la jeunesse du Plateau Central, une voix libre dans un Burkina en quête de repère.

Le citoyen

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