Crise sécuritaire et droit des adolescents à l’éducation : « 250 kits scolaires et 368 tenues pour dire aux élèves déplacés internes qu’ils ont leur place à l’école », Mme Léocadie Traoré, directrice provinciale de l’enseignement secondaire l’Oubritenga

Le 23 juin 2025, nous avons interviewé Mme Léocadie Traoré, directrice provinciale de l’enseignement secondaire de l’Oubritenga à son bureau à Ziniaré. Dans cet entretien, elle aborde les défis rencontrés par les élèves déplacés internes notamment les filles dans la poursuite de leur cursus scolaire. Elle évoque les mesures déjà apportées par le gouvernement et lance un appel fort afin d’assurer une éducation plus inclusive.

Entretien !

Yirimedia : Merci, Madame la Directrice, de nous recevoir. Pour commencer, est-ce que vous pouvez nous dresser un état des lieux de la situation éducative dans la province, en lien avec la situation des élèves déplacés internes (EDI) ?

Léocadie Traoré : C’est moi qui vous remercie pour l’intérêt que vous portez à cette question essentielle. Depuis 2015, notre pays fait face à une crise sécuritaire qui a beaucoup impacté le système éducatif. En effet, au sein de de la province, nous accueillons dans nos différents établissements des élèves déplacés internes (EDI) venus de zones à fort défi sécuritaire. À ce jour, nous avons enregistré 669 élèves déplacés, dont 341 filles, soit 56 % de l’effectif. Ce chiffre est significatif, et nous devons tout mettre en œuvre pour garantir à ces enfants la continuité de leur cursus scolaire.

Image d’illustration des élèves patientent devant le jury du BEPC session 2024.

 

Yirimedia : Quels sont les principaux défis auxquels ces élèves, qui sont surtout adolescents font face ?

Léocadie Traoré : L’une des conséquences de la crise, c’est le déplacement des populations. Et les défis sont nombreux. D’abord, c’était leur inscription et leur intégration dans de nouveaux établissements pour qu’ils puissent continuer leur apprentissage. Ces élèves sont souvent arrivés sans rien : pas de fournitures, pas de tenues scolaires, parfois sans même de quoi se nourrir. Il y en a qui se sont retrouvés dans l’extrême pauvreté et ne sont pas à mesure de payer leurs frais d’examen. En outre, ils subissent souvent des stéréotypes, ce qui complique leur insertion. Les filles, en particulier, sont exposées à de nombreuses formes de vulnérabilité, notamment les violences basées sur le genre. Leur maintien à l’école est aussi un grand défi.

 

 

 

Yirimedia : Cela nous permet de faire une belle transition. Quelles sont justement les actions que vous engagez pour les accompagner ?

Léocadie Traoré : En tant que structure déconcentrée du ministère en charge de l’enseignement secondaire, nous sommes chargés d’accueillir ces élèves et de leur assurer une continuité de l’éducation. En 2023, notre direction a distribué sur fonds propres 250 kits scolaires et 368 tenues scolaires à des élèves déplacés. Nous avons également organisé une formation au profit de 30 enseignants de 15 établissements sur la prise en charge psychosociale des élèves déplacés, avec l’appui de partenaires. Avec la crise, ils ont subi un traumatisme, il faut les accompagner pour qu’ils puissent se remettre.

En 2024, nos services ont mené un plaidoyer auprès de la mairie de Ziniaré a permis la prise en charge des frais d’examen de certains élèves. En 2025, nous avons récompensé six filles et six garçons déplacés internes pour encourager leur persévérance, avec le soutien de la direction régionale de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle.

 

 

 

Yirimedia : Sur le plan pédagogique, comment vous êtes-vous adaptés à cette nouvelle réalité ?

Léocadie Traoré : La crise nous a obligés à revoir nos méthodes. Des curricula d’urgence ont été élaborés pour se concentrer sur les apprentissages essentiels, afin de permettre aux élèves de suivre un minimum de formation et de passer leurs examens malgré les interruptions. C’est ce que l’on appelle l’éducation en situation d’urgence (ESU). Le ministère avait mis en place une radio éducative, avec la diffusion de capsules pédagogiques à travers les médias pour maintenir un lien avec l’école, même en dehors des salles de classe.

Par ailleurs, des enseignants ont été formés à la production de ces contenus, à la mise en œuvre des curricula adaptés, ainsi qu’à la prise en charge psychosociale des élèves ayant vécu des traumatismes.

 

 

 

Yirimedia : Vous évoquiez plus tôt la vulnérabilité particulière des filles. Y a-t-il des mesures spécifiques en leur faveur ?

Léocadie Traoré : L’accès et le maintien des filles à l’école étaient déjà un défi avant même la crise. Celle-ci n’a fait qu’aggraver la situation. Les filles déplacées sont souvent hébergées dans des lieux inadaptés à leur épanouissement. Là où elles sont accueillies, elles manquent de produits d’hygiène. Cela qui affecte leur dignité, notamment pendant leurs menstruations.

Elles, elles sont également plus exposées aux violences, y compris sexuelles. Face à cela, nous avons mis en place des mesures spécifiques : les sensibilisations, le soutien psychosocial, et la dotation en kits de dignité.

 

 

Yirimedia : Il est évident que seuls vous ne pourrez pas relevez le défi. Qu’attendez-vous concrètement comme accompagnement de la part des partenaires ?

Léocadie Traoré : Certaines ONG sont déjà engagées. Elles accompagnent. Mais on a besoin toujours d’accompagnement pour que les filles vivent la situation. Il faut renforcer le soutien afin de leur permettre de poursuivre leurs études : bourses, fournitures, kits d’hygiène, toilettes adaptées. Certaines abandonnent l’école par manque de conditions dignes, surtout pendant leurs menstruations. Il est donc crucial d’agir sur tous ces aspects.

 

Yirimedia : Quel est votre mot de fin ?

Léocadie Traoré : Aux élèves déplacés, je dis : gardez espoir, cette situation que nous sommes en train de traverser est passagère, transitoire. Avec tout ce qu’il y a comme actions contre l’insécurité, on a espoir qu’on arrivera à des beaux jours. Aux parents : ne vous découragez pas, soutenez vos enfants. Aux enseignants : Je vous dis merci pour votre dévouement malgré les épreuves.

Et à nos autorités, nous exprimons notre reconnaissance pour les efforts déjà fournis. Cette crise, espérons-le, sera une opportunité de renforcer et adapter n

otre école à nos réalités.

Le citoyen

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