Portrait : « De professeur d’EPS à cofondateur de maisons de production : l’itinéraire cinématographique d’Ahmed Djibril Soré »

Ahmed Djibril Soré, 34 ans, enseignant en éducation physique et sportive le jour, s’est mué en figure montante du cinéma burkinabè. Formé en sciences de la vie et de la Terre, puis en business de développement rural, rien ne prédestinait cet homme à embrasser une carrière dans le 7ᵉ art. Pourtant, sa passion pour le cinéma l’a guidé vers l’écriture de scénarios, puis vers la réalisation. Aujourd’hui, il est à la tête de deux structures : Horizon Films et Éditions, et Horizon Productions. Il nous raconte son parcours atypique. 

 

Djibril Soré en formation en prise de vue durant un déplacement.

Le cinéma ? Une passion née sur le tas 

« Jamais je n’aurais pensé devenir réalisateur. Au début, c’était une passion, une envie d’écrire des histoires. Mes premiers scénarios ne ressemblaient pas vraiment à des scénarios de films (rires). Mais au fur et à mesure des formations en réalisation, j’ai eu envie de donner vie à mes écrits », explique celui que ses amis appellent affectueusement Djibi.

Touche-à-tout du cinéma, Ahmed Djibril Soré s’est préparé et a essayé de connaître les différents domaines du cinéma pour identifier celui qui convenait le mieux à sa passion. « Le cinéma est un univers vaste. J’ai eu la chance de toucher à plusieurs domaines : la production, la réalisation, le scénario, le jeu d’acteur, la postproduction et la distribution. J’ai travaillé pour plusieurs maisons de production pendant mes vacances, et ma rencontre avec Light Vision Audiovisuel a été déterminante. Ils m’ont donné ma chance en tant que scénariste. J’ai écrit une cinquantaine de longs métrages et une série pour une maison à l’étranger, et j’ai participé à des tournages », nous renseigne M. Soré.

Formation en Jeu d’acteur cinéma, sur le projet du Films Gandaogo

Riche de ses apprentissages, le passionné de cinéma adore la postproduction : « J’aime tous les domaines que je maîtrise, mais j’ai une préférence pour la postproduction : le montage, l’étalonnage, le son, le mixage et les effets visuels. C’est un travail de studio, un espace où je suis seul face à ma création », affirme-t-il avec joie.


Des débuts sans difficultés 

« Jusqu’à présent, je n’ai pas rencontré de difficultés majeures. Je suis dans mon petit coin, avec des rêves à la mesure de mes moyens. J’avance à mon rythme », renchérit-il. Avec deux longs métrages au compteur et de nombreuses collaborations,

Ahmed Djibril Soré est une référence dans le domaine du cinéma et des clips à Ziniaré. Grâce à sa passion, il aide les jeunes artistes à réaliser leurs clips vidéo et coache nombre de ses camarades souhaitant s’initier aux métiers du 7ᵉ art. « J’ai écrit, réalisé et monté deux longs métrages pour ma maison de production, Horizon Productions. J’ai également collaboré », énumère-t-il.

Gandaogo, ma plus grande fierté », foi d’Ahmed Soré

Pour réaliser son long métrage GANDAOGO, Ahmed Djibril Soré s’est attaché les services de Ramatou Sawadogo pour incarner le rôle principal de GANDAOGO cette femme forte qui défie les hommes. Le résultat final, pour un premier essai autofinancé avec des acteurs formés de bout en bout, fut satisfaisant.

L’affiche officielle du films GANDAOGO Femme Guerrière. Avec Ramatou Sawadogo

« Ma plus grande fierté, c’est la réalisation du film Gandaogo. Avec des fonds propres et l’aide d’une amie, nous avons réuni 53 personnes pour un tournage de 10 jours. Les acteurs étaient des amateurs que nous avions formés. Le résultat est très satisfaisant pour un premier essai. »

L’actrice du film Gandaogo, que nous avons rencontrée, confie que Djibril Soré est quelqu’un de très sociable et ouvert au partage : « Djibril est quelqu’un de très ouvert et très sociable qui accepte de partager son savoir », déclare Ramatou Sawadogo, ayant collaboré avec lui sur Gandaogo. « Quand j’étais petite, regarder les gens jouer dans les films me plaisait. Quand il m’a parlé du projet, j’ai tout de suite accepté. C’est ainsi que le projet est né jusqu’à sa concrétisation », explique-t-elle.

Ramatou Sawadogo, actrice principale du film “Gandaogo” de Djibril Soré.

Pour son collègue au lycée provincial de Gorom-Gorom, Bougma Jean Paulin, la passion cinématographique de Djibril Soré n’éclipse pas son engagement pédagogique : « Pour les élèves réticents à suivre ses cours, il arrive à les motiver par sa manière de faire. Les élèves ne s’absentent plus. Vous savez, dans cette zone où l’éducation est compliquée en raison du contexte sécuritaire, son engagement pour le cinéma et l’enseignement est admirable. Je pense qu’il a un bel avenir, vu son niveau et sa passion », raconte-t-il.

Bougouma Jean Pauline, collègue de Djibril Soré au lycée Provincial de Yako.

L’inspiration ? Elle est partout 

Selon Djibril Soré, l’idée d’un film peut naître d’un fait banal, en observant l’environnement. « Nous avons une méthode de travail basée sur la résidence d’écriture. Une fois le scénario terminé, la réalisation s’efforce de rester fidèle à l’idée initiale. Mais il y a parfois un écart entre le scénario et le résultat final, à cause du jeu des acteurs ou des problèmes de postproduction », souligne-t-il. Sa technique préférée ? Le regroupement : « Je réunis tous les moyens humains, matériels et financiers jusqu’à la fin du projet. »

 

Des collaborations variées 

Djibril Soré travaille avec tout le monde, sauf sur des projets musicaux faisant l’apologie du sexe ou exigeant des scènes de nudité. Pour l’avenir, il projette de lancer une chaîne de distribution digitale, une idée partagée par son groupe. « La plupart adhèrent à l’idée de la force du groupe. Ensemble, nous travaillons sur cette chaîne. Nous sommes 25 au total. »

L’union fait la force 

« Ce qui m’a poussé à embrasser ce métier, c’est l’envie d’extérioriser mes ressentis à travers la création. Le message récurrent dans mes œuvres, c’est la force du groupe. J’ai toujours cru que c’est ensemble que tout devient possible. »

Rendre les rêves possibles

Depuis sa première déclic avec le cinéma en 2012, via le film d’évangélisation Yatin, Djibril n’a jamais cessé de rêver et de gravir les échelons du 7ᵉ art. À tous, il livre ce conseil : « Le seul conseil que je peux donner, c’est de foncer. Il y aura toujours des débuts imparfaits, mais il faut persévérer. »

Inoussa Compaoré

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