Il est à la tête de l’une des plus importantes organisations professionnelles de médias du Burkina, à savoir l’UNALFA (L’Union Nationale de l’audio-visuel Libre du FASO). Lui c’est Lamoussa Jean Baptiste Sawadogo, il vient d’être réélu président de la faitière des radios du Burkina ce 19 janvier 2025 après un premier mandat de quatre ans. Ce 28 janvier 2025, nous sommes allés l’interviewer au siège de l’ONG CSID-Burkina dont il dirige, sis au quartier Wayalghin de Ouagadougou. Dans cet entretien, il fait le bilan de son premier mandat, il nous parle des difficultés que vivent les radios mais aussi de la liberté de la presse.
Yirimedia : Bonsoir, Monsieur le Président. Tout d’abord, félicitations pour votre reconduction à la tête de l’Union Nationale de l’Audiovisuel Libre du Burkina (UNALFA). Nous souhaitons échanger avec vous sur l’UNALFA, la faîtière des radios libres du Burkina, pouvez-vous nous en dire plus sur cette structure ?
Jean-Baptiste Sawadogo : Merci beaucoup pour cet entretien. L’Union Nationale de l’Audiovisuel Libre du Burkina, en abrégé UNALFA, est l’une des organisations professionnelles médias au Burkina qui regroupe les radios de proximité. C’est y compris les radios associatives, confessionnelles et commerciales. Au début nous avions également les télévisions, mais elles ont créé aussi leur union. Donc l’UNALFA se concentre maintenant sur les radios de proximité. La mission initiale de l’UNALFA était de défendre les intérêts de ses membres, notamment les radios, et de renforcer les capacités des acteurs qui animent ou gèrent ces radios. Créée dans les années 1995, dans un contexte difficile où les radios commençaient à s’implanter, l’UNALFA avait pour objectif de trouver des mécanismes pour défendre leurs intérêts. Mais cette mission reste d’actualité aujourd’hui.
Nous travaillons à améliorer l’environnement dans lequel opèrent les radios, que ce soit sur les plans politique, administratif ou financier. Les radios de proximité sont souvent confrontées à un manque de moyens, ce qui rend leur gestion difficile. L’une de nos missions est donc de renforcer les capacités des animateurs et des managers de ces radios. Aujourd’hui, l’UNALFA regroupe plus de 80 radios membres réparties sur l’ensemble du territoire. Nous avons mis en place une structure décentralisée avec des délégués régionaux chargés de coordonner les activités dans chaque région. Notre bureau exécutif est composé de sept membres, et lors de la dernière assemblée générale, nous avons décidé de passer à neuf membres.
Nous disposons également d’une administration avec une équipe technique, ainsi qu’un studio de production au siège mais également une rédaction. Nous avons un pôle de formation dans divers domaines liés aux médias, que ce soit le journalisme ou les aspects techniques, on a des compétences pour former les acteurs-membres de l’Union.
Yirimedia : Vous venez de terminer votre premier mandat ce mois 19 Janvier 2025. Pouvez-vous nous parler des acquis engrangés sous ce mandat ?
Jean-Baptiste Sawadogo : Notre mandat a été conduit dans un contexte particulièrement difficile. Lorsque nous sommes arrivés en 2021, la plupart des projets et programmes de l’UNALFA étaient en phase de clôture, ce qui n’a pas été facile. Cependant, nous avons hérité d’un atout majeur : un siège construit par nos propres moyens. Malgré les défis sécuritaires, économiques et humanitaires, nous avons réussi à maintenir la dynamique de la structure. Certains de nos partenaires traditionnels ont dû suspendre leurs projets, tandis que d’autres ont complètement fermé. C’était vraiment très difficile. Nous avons donc dû élargir notre base de partenaires et développer des initiatives personnelles. La première action phare que nous avons menée a été la réorganisation de l’administration de l’UNALFA. Nous avons mis en place des départements spécialisés dans la finance, la production, la communication et la recherche de partenaires. Nous avons également renforcé les capacités des acteurs, que ce soit l’administration ou le bureau exécutif. Nous avons organisé des formations sur des questions liées aux médias, à la gestion de projet, au suivi et à l’évaluation, au genre ainsi que sur les droits humains.
En termes d’acquis, nous avons réussi à mobiliser au moins cinq nouveaux partenaires qui ont apporté leur soutien d’autres sous forme de subventions, d’autres sous forme de prestations. Nous avons également formé plus d’une centaine d’animateurs, de journalistes et de responsables de radios sur des questions journalistiques, notamment les émissions interactives. Nous avons une dizaine de responsables de radio formés en management. Malgré le contexte, nous avons pu mobiliser plus de 300 millions en quatre ans. Sur le plan technique, nous avons acquis de nouveaux émetteurs de secours pour éviter que les radios ne restent en panne pendant des mois. Plus de six radios ont bénéficié de ces équipements. Nous avons également mené des plaidoyers auprès des autorités pour améliorer l’environnement des radios, notamment en demandant une réduction des redevances et des mécanismes de paiement échelonné. Nous avons fait des plaidoyers au Bureau Burkinabè du Droit d’Auteur (BBDA) et au Conseil Supérieur de la Communication (CSC).
Yirimedia : Quelles sont les grandes difficultés auxquelles sont confrontées les radios communautaires aujourd’hui ?
Jean-Baptiste Sawadogo : La principale difficulté est le financement. Avant on avait par exemple les ONG, les associations qui étaient ces organisations-là qui apportaient des ressources à travers les prestations. Mais depuis la crise on a constaté que cela a beaucoup baissé. Les radios peinent à couvrir leurs charges, ce qui affecte la qualité de leurs productions. Avec l’avènement des réseaux sociaux, les médias doivent également s’adapter pour rester pertinents. Enfin, dans un contexte d’insécurité, certaines radios perdent leur personnel, ce qui complique leur fonctionnement.
Yirimedia : Vous avez été reconduit pour quatre ans encore. Quels sont les chantiers prioritaires pour ce nouveau départ ?
Jean-Baptiste Sawadogo : Ces quatre ans seront décisifs. Nous avons décidé de poursuivre le renforcement des capacités de nos membres, que ce soit les gestionnaires, les journalistes, les animateurs ou les techniciens. La formation reste une priorité, nous allons continuer le renforcement des capacités.
Nous allons également mener un plaidoyer auprès des autorités pour soutenir les radios situées dans des zones difficiles, où l’insécurité et les problèmes économiques rendent leur fonctionnement complexe. Un autre chantier important est l’énergie, qui représente une part importante des dépenses des radios. Nous envisageons mettre en place des systèmes solaires pour réduire ces coûts. Enfin, nous allons intensifier nos actions au niveau local en donnant plus de missions à nos délégués régionaux et en travaillant avec les collectivités territoriales pour soutenir ces médias de service public.
Yirimedia : L’UNALFA est une structure crédible, bien respectée, quelle lecture faites-vous la gestion des libertés de presse dans ce contexte de crise sécuritaire que connait notre pays ?
Jean-Baptiste Sawadogo : Aujourd’hui nous nous inscrivons dans toute dynamique qui va dans le sens de la promotion de la cohésion sociale, pour que le pays retrouve la paix. Au départ ça a été un peu difficile pour certains médias de pouvoir s’inscrire mais avec l’évolution, les médias ont compris que dans un contexte d’insécurité on doit se poser la question de ‘’qu’est ce que nous pouvons apporter ?’’
Yirimedia : Un mot pour vos partenaires, pour finir !
Jean-Baptiste Sawadogo : Je tiens à remercier tous nos partenaires pour leur soutien. Les médias jouent un rôle crucial dans la promotion de la cohésion sociale et la paix. Nous appelons à un renforcement de leur accompagnement pour que nous puissions continuer à servir les communautés.


