
Le Burkina Faso, depuis un certain temps, traverse une crise sécuritaire sans précédent, avec d’innombrables conséquences. Débutées à la fin de la transition de 2014, c’est manifestement sous le pouvoir de Roch Marc Christian KABORÉ, Président démocratiquement élu sous la bannière du MPP, d’abord pour un premier mandat, puis un second, que les attaques terroristes vont s’intensifier. Ainsi, très vite, le régime KABORÉ sera débordé par le phénomène qui s’est métastasé tel un cancer, pour de ce fait, toucher plusieurs localités du pays. Face à cette incapacité du régime MPP et alliés d’alors à apporter des solutions idoines pour juguler cette crise, le pays va connaitre un bouleversement institutionnel. En effet, la crise sécuritaire a servi d’alibi pour justifier le coup d’État du 24 janvier 2022, avec à sa tête le Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo DAMIBA. Cependant, si cette énième intrusion de l’armée dans l’espace public a rencontré l’assentiment de bien de nos compatriotes qui ne savaient plus à quel saint se vouer, le désenchantement ne s’est pourtant pas fait attendre. Quelques mois après ce coup de force du MPSR 1, les masques sont tombés. Beaucoup de voix se sont fait entendre. C’est la raison de l’avènement du MPSR 2 depuis le 30 Septembre 2022 avec pour agenda, réorienter le navire burkinabè qui tangue !

Une analyse de Benjamin DAKUYO
100 jours après, qu’en est-il alors de la gestion du pouvoir d’État par le MPSR 2 chapeauté par le capitaine Ibrahim TRAORÉ ?
Abordons d’abord la question sécuritaire qui demeure le principal chantier sur lequel le capitaine TRAORÉ est attendu. Sans tomber dans la laudation, nous avons envie de dire que les choses bougent à ce niveau. L’exemple le plus emblématique et illustratif est la reprise de Solenzo, chef-lieu de la province des Banwa tombé entre les mains des groupes ennemis depuis un certain moment. D’ailleurs, pour la symbolique, l’adresse du Président à la nation pour le nouvel an a été prononcé depuis le Haut-commissariat des Banwa. Cela représente un signal fort qu’il reste maintenant à travailler pour consolider.
Certes, on ne saurait brandir uniquement la reprise de Solenzo comme une victoire de nos autorités actuelles sur nos ennemis et les décerner par ricochet un trophée qui consacrerait leurs sanctifications. Toutefois, il sied d’admettre qu’un cap a été franchi. Oui, nous avons remporté une victoire d’étape. Aussi, il faudrait bien commencer quelque part. Solenzo symbolise donc que le ton est donné. Par ailleurs, plusieurs autres opérations de sécurisation ont été effectuées ainsi que des missions de ravitaillement en vivres et autres produits de premières nécessités pour soulager nos compatriotes qui résident dans les zones réputées difficiles. Il reste maintenant à ce que nous ayons un deuxième Solenzo, puis un troisième jusqu’à la victoire finale.
Du reste, personne ne demande au Président de nous apporter la sécurité hic et nuc. Nous sommes tous conscient qu’il n’est pas un magicien. Ce que le peuple demande pour l’essentiel au capitaine Ibrahim TRAORÉ, c’est de savoir tracer des sillons et redonner de l’espoir à un peuple meurtri. Et ce pari, à moins d’être dupe ou sombrer dans la mauvaise foi, nous pensons que le Capitaine l’a réussi. Tout laisse croire que la bonne volonté y est et bien de nos compatriotes ont renoué confiance aux nouvelles autorités. Il appartient maintenant au Président de tout mettre en œuvre pour ne pas trahir cette confiance.
Toutefois, la crise sécuritaire ne saurait être jugulée sans tenir compte subsidiairement des questions de gouvernance. Pour le moment, la question de la gouvernance vertueuse demeure dans les discours. Il est plusieurs fois fait cas de la volonté de travailler à assainir la gestion administrative et financière. Cependant, les actes concrets se font toujours attendre. D’où la nécessité de rendre effective des réformes dans ce sens. L’un des sentiers sur lequel est également attendu le Président de la transition, c’est celui de la lutte contre la corruption et les dossiers de crimes économiques.
Il est de notoriété publique que des dossiers de crimes économiques dorment dans les tiroirs de nos palais de justice. Cela relève donc du ressort du pouvoir actuel sans véritablement s’immiscer dans le pouvoir judiciaire, de mettre les moyens nécessaires à la disposition de l’institution judiciaire afin de lui permettre de conduire ces dossiers à terme. Ce travail mérite vraiment d’être fait sans toutefois remette en cause l’indépendance de la justice. Au-delà de la volonté affichée par les autorités pour traiter cette question, il faille maintenant aller aux actes. Les actes au-delà de la parole font la loyauté d’un homme, dit-on. Et c’est justement à l’aune de ses actes que le Président de la transition sera jugé en fin de compte. Les dossiers emblématiques dont l’opinion a eu vent à un moment donné ou à un autre, doivent tous connaître leurs dénouements.

Il ne s’agit pas seulement de juger tous les dossiers de crimes économiques mais aussi de travailler à éradiquer la corruption. L’existence de la corruption dans notre pays est un secret de polichinelle. Les plus hautes sphères de l’État sont gangrenées par ce phénomène en témoignent plusieurs frasques révélées à l’opinion publique par les organes de presse d’investigation. L’armée qui est d’ailleurs l’institution à qui il échoit même les rênes du pays, n’est pas immaculée.
Il faut un courage judiciaire et des mesures vigoureuses pour venir à bout de ce fléau qui met l’économie du pays en berne et inhibe tous les efforts de développement. À Cela s’ajoute la difficulté de résoudre le problème du moment, c’est-à-dire la crise sécuritaire. Disons-le clairement. La lutte contre la corruption et la lutte contre l’insécurité doivent aller de pair. On ne peut pas gagner la guerre contre le terrorisme avec une société corrompue. Peu importe la consistance des ressources qu’on va allouer à cette lutte, tant que ce phénomène n’est pas endigué, les résultats seront toujours dérisoires. Et la raison est connue de tous. En tout cas, pour ce qui est de ce point sur la lutte contre la corruption, les propos du Président semblent rassurants lorsqu’il dit dans son message de nouvel an que « La justice et les contrôleurs ont reçu carte blanche pour commencer à mener la lutte contre la corruption et cela peut se sentir déjà sur le terrain ».
En tout état de cause, travaillons à ce que la situation actuelle que nous vivons, puisse permettre à notre pays, tel un Phoenix, de renaitre de ses cendres. Cette souffrance que nous endurons depuis longtemps ne devrait pas être vaine. Il nous faut avoir un burkinabè nouveau. Notre pays a plus que jamais besoin de patriotes. Sans une dose de patriotisme rien de durable ne saurait être construit dans ce pays. Nous avons besoin de citoyens dévoués à la cause nationale. L’éducation et la justice peuvent nous permettre de réussir ce pari. L’éducation pour transmettre des valeurs et la justice pour s’assurer que ces valeurs sont respectées.
Puisse la providence, nous permettre de parcourir bientôt les quatre coins du pays en toute tranquillité. Nous avons foi en un avenir meilleur pour ce pays !
Benjamin DAKUYO