Retour de Blaise COMPAORE: A quel jeu joue le MPSR ?

Du jeudi 7 juillet au vendredi 9 juillet 2022, l’ex-président Blaise Compaoré a séjourné au FASO sur l’initiative du Président Paul-Henri Sandaogo Damiba après huit ans d’exil au bord de la lagune Ebrié. Quelle lecture faire de ce séjour durant lequel il a été reçu par le Président Damiba quand on sait que Blaise Compaoré est recherché par la justice burkinabè ?

Les militants du CDP parti de l’ex président Blaise Compaoré à Ziniaré, le vendredi 08 juillet.

D’emblée, un certain nombre d’interrogations nous paraissent légitimes en rapport avec ce retour et bref séjour au pays de l’ex-président. À quel jeu joue le MPSR ? Quel message le MPSR compte-t-il donner au peuple burkinabè et bien au-delà ?

Avant d’y répondre, revenons brièvement sur le contexte de justification du coup d’État du 24 Janvier 2022. Officiellement, le MPSR justifie ce coup d’État par la dégradation de la situation sécuritaire sous le régime Kaboré. Et effectivement, la gestion de la crise sécuritaire sous le mandat de l’ancien Président Roch Marc Christian Kaboré et son parti politique, le MPP et alliés, laissait à désirer. Que de tâtonnements et de fuite en avant dans la gestion de cette crise. C’est sans doute, l’ensemble de ces raisons qui ont conduit presque unanimement l’ensemble de nos compatriotes à saluer cette énième intrusion de l’armée sur la scène politique. Mais quel sentiment animent les burkinabè un peu plus de cinq mois après cette prise du pouvoir par l’armée ?

Si les raisons qui ont conduit au coup d’État paraissent compréhensibles, il faut reconnaître toutefois que l’espoir qu’il avait suscité semble s’effriter chez bon nombre de nos compatriotes. Il est indéniable que les résultats probants d’une prise en main de la question sécuritaire se font toujours attendre n’en déplaise à ceux qui parlent d’une montée en puissance de l’armée. « Les faits sont têtus » dit-on. Le scepticisme en la capacité des tenants actuels du pouvoir de juguler cette crise sécuritaire est de plus en plus grandissant. Aujourd’hui, peu sont ceux qui croient aux solutions proposées par le MPSR pour endiguer ce phénomène.

C’est alors dans une telle situation d’incertitude totale liée à la menace sécuritaire que l’ex-président Blaise Compaoré, celui-là qui est condamné dans le procès de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara pour la prison à vie, fait son entrée au pays sur l’initiative du MPSR. Oui, le procès de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara a connu son épilogue, il y a juste quelques mois. Ce procès qualifié en effet d’historique, a été salué par plus d’un, que ce soit à l’échelle nationale ou internationale. Parmi les coupables figurent Blaise Compaoré qui, bien vrai que jugé à contumace est attendu en principe pour purger sa peine. En toute logique donc sa place au pays, c’est à la prison. Cependant, pouvons-nous voir de ce retour un compromis utile pour la paix ?

La retour Blaise Compaoré comme solution au crise sécuritaire.

Peut-être que le MPSR est convaincu que le retour de l’ancien Président Blaise Compaoré est une solution pour contrer la menace sécuritaire. Et les burkinabè n’en demandent pas autre chose en ces temps-ci. La paix, rien que la paix. Ce qui fait que toute solution est la bienvenue pourvu qu’elle suscite l’espoir et d’ailleurs l’espoir fait vivre. Si ce retour ou du moins la réconciliation sous cette forme peut apporter la paix, beaucoup de nos concitoyens, surtout qu’on est acculés de toute part, pourraient excuser le Président Damiba. À défaut, ce serait une boite de Pandore ouverte pour bien d’autres maux.

En effet, la réalité est qu’aujourd’hui les sentiments des burkinabés sont partagés entre ces deux idéaux : la PAIX et la JUSTICE. Difficile de prôner l’une au détriment de l’autre, car toutes deux, sont incontournables dans l’édification d’un d’État solide. Mais s’il y a un choix à faire aujourd’hui entre la justice et la paix beaucoup choisirait la paix sauf que dans ce contexte rien ne garantit que le sacrifice de la justice au nom de la paix est gage d’une paix véritable.

En tout état de cause, par rapport aux velléités de sacrifice de la justice sur l’autel de la paix, Jean-Marie Adiaffi écrit ceci dans les Naufragés de l’intelligence, « Qui veut accomplir une œuvre de paix et n’accomplit pas une œuvre de justice et de liberté doit craindre l’illusion de mettre dans ses sillons des braises ardentes à la place des graines ». Ce n’est pas notre souhait pour le Burkina. Dieu nous préserve.

La MPSR Veut-il sacrifier la justice au Burkina Faso?

Le MPSR en organisant donc le séjour de Blaise Compaoré, nourrit-il manifestement le dessein de sacrifier la justice au nom de la réconciliation nationale ? Ce vœu qui se profile à l’horizon ne fera que naitre des contempteurs pour le MPSR. La véritable réconciliation est celle qui s’articule sur le triptyque vérité- Justice-réconciliation. Toute tentative de la part du MPSR d’escamoter ce principe ressemblerait à une mascarade et ne ferait que nous conduire à une à pseudo-réconciliation. La réconciliation ne se décrète pas. Elle doit s’appuyer sur la vérité et la justice. Autrement, la paix que nous désirons ne restera toujours qu’un leurre.

Certes, le politique peut chercher des voies et moyens pour nous conduire à une réconciliation, mais pas en voulant l’imposer. Le retour triomphal de l’ex Président dans ces conditions constitue un coup à l’image de notre institution judiciaire, mais aussi sur notre capacité à bâtir notre vivre ensemble sur les idéaux de cette institution. Difficile donc pour les hommes épris de justice de comprendre que l’ex-président Blaise Compaoré ait pu séjourner au pays sans être inquiété. Au moment où une confiance commençait à s’établir entre la justice et les justiciables, il faut le reconnaitre, notre institution judiciaire a été longtemps décriée et son image écorchée, c’est en ce moment précis que le MPSR décide de par ces agissements d’ébranler les fondements de cette institution. Donner le sentiment d’une justice des forts contre les faibles est une chose bien grave dans un État. Le droit et la justice doivent être au service des causes justes et non des individus. Le Burkina, serait-il incapable de bâtir son vivre-ensemble sur les fondements de la justice ?

L’État-Nation vers lequel le Burkina Faso à vocation de tendre, doit se bâtir sur des fondements solides notamment la justice, l’équité et non sur la consécration de l’impunité. La paix que nous désirons aujourd’hui doit être envisagée dans la durabilité. Et pour cela, elle doit avoir des fondements solides comme assise. Une société non bâtie sur des fondements solides ne peut qu’avoir une unité précaire et fragile. L’anecdote biblique est d’ailleurs éloquente en la matière. Aller vers une réconciliation nationale qui fait fi de la justice c’est construire sur du sable. À la moindre tempête, tout s’écroulera. Nous ne pensons pas que c’est ce dont le Burkina a besoin.

DAKUYO Benjamin

Citoyen

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